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Cette année, la Journée Mondiale de la Liberté de la presse a été célébrée à Dakar, au Sénégal, devant un bon paquet de représentants des médias de tous les continents. Le thème de la rencontre portait tout simplement sur Médias et bonne gouvernance . C’est traditionnellement cette date que l’Unesco choisit pour la remise du Prix International Unesco-Guillermo Cano pour la liberté de la presse. Dans la capitale sénéga...laide, l’événement a été marqué par 4 jours de colloques, de débats, de résolutions, d’absences et d’appels qui ne seront certainement pas tous entendus. Le Prix International Unesco-Guillermo Cano, composé d’une médaille et de 25 000 dollars américains, décerné cette année à un Chinois, Cheng Yizhong, a été remis à Larry Kilman, le patron de la communication de l’Association Mondiale des Journaux, qui transmettra. Le cachet de la poste fera probablement foi. La Chine n’a pas encore adhéré à tous les principes d’ouverture qui tentent d’accélérer la liberté de mouvement de certains lauréats gênants. Pendant 5 jours, du 30 avril au 4 mai, des colloques se sont tenus sous la présidence du gouvernement sénégalais. Les choses sérieuses ont commencé le 30 avril à l’Hôtel La Croix du sud, sur le thème Médias, Gouvernance démocratique et intégration africaine . Le colloque a été organisé par trois défenseurs de la liberté de la presse que sont Article 19, Institut Panos Afrique de l’Ouest et la Fédération Internationale des Journalistes. Trois panels en une journée, des orateurs connus pour avoir affronté constamment les geôliers de la presse et de ses journaleux : Diana Senghor, Kwame Karikari, E. Ojo, Akingbulu, Fatou Jagne, Gabriel Baglo... Excusez du peu !
L’ombre du journaliste gambien, Deyda Haydara, tombé le 16 décembre dernier sous des balles assassines et impunies à ce jour, aura plané sur les débats. Deux documents en sont sortis : le premier est une pétition au gouvernement gambien « pour une enquête intégrale, internationale et indépendante » sur la mort du directeur de Publication et co-fondateur du Point de Banjul. La pétition a recueilli les 177 signatures des responsables d’organisations de presse présents à Dakar. Cependant, Jammeh, déception n’aura été aussi grande que ce soir du 3 mai à la séance de clôture des festivités, au Théâtre National Daniel Sorano, quand le Secrétaire Général de l’UJAO et patron du syndicat de la presse sénégalaise, Alpha Sall, a oublié de lire la pétition devant Wade Cocotaillé. Jusqu’où s’étend la complicité gambienne sur cet odieux assassinat ? Un silence sans Frontières ! Une Sall affaire ! Pourtant, non loin du Théâtre national Daniel, juste à côté de l’Assemblée Nationale du Sénégal, un panneau vous avertit à peu près en ces termes : « Ici, en 2005, sera édifiée la Tour de la Démocratie ». Il faut espérer qu’elle sera en verre pour la presse.
Le second document de cette première journée est un appel. Celui des journalistes et des organisations des médias et de la liberté de la presse à l’endroit de l’Union Africaine. Tout se passe comme si cette Union-là ne souhaitait pas faire de la presse africaine et de ses tracasseries une petite priorité continentale.
La deuxième journée de la célébration était un 1er mai. Défilés et discours comme nos amis sénégalais et leurs ennemis savent le faire. Le gros de la troupe médiatique présente à Dakar, a préféré aller donner un coup de main au Synpics, le Syndicat des Professionnels de l’Information et de la Communication du Sénégal, à l’Ecole Nationale de Développement Sanitaire, Avenue Cheick Anta Diop. En compagnie des représentants de l’Union des Journalistes de l’Afrique de l’Ouest, de l’Union des Journalistes africains, de la Fédération Internationale des Journalistes. Thème : « Qualité des médias et conditions de travail des journalistes ». Beaucoup de discours et de dénonciations. Pauvre profession ou profession de pauvres, vous choisirez ! Pour l’instant, les journaleux souffrent. Un seul remède : encore davantage de professionnalisme. C’est vicieux ... comme cercle.
L’après-midi du 1er mai était consacré à la séance d’ouverture officielle de la Journée Mondiale de la liberté de la presse. Discours et voix autorisées n’ont pas fait défaut. Waheed Khan, le visse-patron de l’Unesco pour l’information, Koïchiro Matsuura, le patron de l’Unesco soi-même, Dr. Babacar Dia, ministre de
l’information du Sénégal. Les oubliés peuvent déjà lever la main.
Médias et bonne gouvernance ? Du 1er au 2 mai, on aura tout entendu sur le thème, de la voix, limpide ou rauque
d’éminences grises de tous les continents. Une déclaration finale a servi de conclusion des travaux à l’hôtel Le Méridien Président. A Daniel Sorano, le Prix a été remis vers 18H, en l’absence de Woba Woba Sanjo et Alpha Oumar Konaré, les patrons respectifs du Nigeria et de l’Union Africaine. Ils nous ont fauché compagnie. Sans aucune explication. Deyda Haydara pouvait ainsi reposer en paix. Pas un mot sur lui. A un moment donné, on a bêtement cru à une affaire sénégalo-sénégalaise, malgré les discours pathétiques du Directeur Général de l’Unesco, de la jeune représentante de la famille Cano, la petite fille du journaliste colombien, qui porte le nom du Prix que l’on venait d’attribuer, du Président du Jury, Kavi Chongkittaworn et de Larry Kilman qui a lu la déclaration du récipiendaire Chen Yizhong, écrite des profondeurs de cette Chine qui, bien que nouvelle, n’a pu le laisser sortir.
La conclusion définitive de la célébration du 3 mai à Dakar sera marquée par le séminaire de formation au CESTI de Dakar portant sur le thème « Communication et conflits en Afrique » et « Médias et Paix » : sensibilisation des médias et de la Société civile à la prévention des conflits et des problèmes aux frontières, au Bureau du
Représentant spécial du système des Nations Unis. Si avec tout cela, la liberté de la presse n’arrive pas à résister à l’acharnement des dictateurs et à leurs dictatures, il faudrait certainement changer de
méthode et de... continent.
Diallo Souleymane
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