|
Les deux journalistes français Georges Malbrunot et Christian Chesnot, vétérans des otages en Irak par la durée de leur détention, entament dimanche leur centième jour de captivité et tous les efforts de la diplomatie française pour les libérer se sont avérés vains jusqu’à présent. Ce triste anniversaire risque d’être assez mouvementé car les forces américaines, britanniques et irakiennes ont lancé une vaste opération pour déloger les insurgés du "triangle de la mort", au sud de Bagdad, où ils ont été enlevés le 20 août alors qu’ils se rendaient à Najaf, pour couvrir la rébellion du chef radical chiite Moqtada Sadr. Le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF) Robert Ménard a affirmé qu’ils étaient en vie le 10 novembre, sans toutefois indiquer d’où il tenait cette information. Si personne ne connaît avec précision leur lieu de détention, beaucoup d’indices portent à croire qu’ils se trouveraient retenus à Latifiyah, à 40 km au sud de Bagdad. Samedi, un camionneur égyptien pris en otage en Irak et relâché le 13 novembre, avait affirmé à l’AFP avoir été détenu, jusqu’à sa libération, avec deux Français dans une maison à Latifiyah. "J’ai été enlevé le 20 octobre et détenu ensuite dans une maison à Latifiyah où se trouvaient dans la chambre à côté deux Français dont j’entendais les voix", a indiqué Ahmad Abdel Aziz Mohamad, qui a affirmé que les deux Français étaient toujours détenus au même endroit lorsqu’il a été libéré. "J’entendais les ravisseurs parler le soir dans une salle à côté. L’un d’eux a dit, +déplaçons les Français à Falloujah+, mais quelqu’un d’autre a dit, +non, ce sera dangereux+, c’est comme ça que j’ai eu confirmation qu’ils étaient Français", a-t-il dit. Leur chauffeur syrien, Mohammad al-Joundi, retrouvé à Falloujah par l’armée américaine le 12 novembre, avait été séparé des deux reporters début septembre et il n’avait plus eu depuis des nouvelles d’eux. En dépit de ses multiples tentatives et en se prévalant du fait qu’elle s’était opposée à l’invasion américaine de l’Irak, la France n’a pas réussi jusqu’à présent à libérer ses ressortissants contrairement à ce que sont parvenu à faire l’Italie et à la Pologne pourtant membres de la coalition conduite par les Etats-Unis. La raison semble surtout venir des divisions au sein des ravisseurs qui appartiennent au groupe armé salafiste, l’Armée islamique en Irak. Selon des sources proche de la guérilla, cette formation qui comprend à la fois des Irakiens et des combattants arabes est divisée sur leur libération. Si le chef est favorable à leur élargissement, deux groupes qui les détiennent physiquement y sont opposés et les tractations continuent. Selon une source proche du dossier, un intermédiaire a eu un contact téléphonique avec l’ambassade de France, le 9 novembre, pour l’assurer que les deux otages étaient en bonne santé mais le diplomate a demandé une preuve matérielle. La dernière preuve matérielle obtenue par les autorités françaises remonte au 3 octobre. Dans une cassette vidéo, Christian Chesnot, 37 ans, travaillant pour Radio France, et Georges Malbrunot, 41 ans, envoyé spécial du Figaro affirment être "en bonne santé" et ne semblaient alors "pas trop amaigris", selon le frère d’un des deux otages, Bernard Malbrunot. Sur cette cassette, les deux hommes apparaissent "côte à côte, pas trop amaigris", ils n’ont pas l’air trop fatigué et ils sont vêtus d’un maillot blanc", avait déclaré Bernard Malbrunot le 12 novembre, précisant que sa famille avait reçu la cassette "autour du 20 ou 25 octobre, par le biais du ministère".
Agence France-Presse 26 - 11 - 2004 |