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Souvent appelée "la CNN arabe", Al-Jazira présente ses excuses à ses téléspectateurs de ne pas pouvoir couvrir directement l’offensive américaine contre Falloujah en Irak, pays où cette chaîne satellitaire du Qatar est interdite depuis trois mois. "Al-Jazira s’excuse de n’avoir pu couvrir directement les événements sur le terrain en Irak, son bureau à Bagdad étant fermé depuis trois mois sur ordre du gouvernement transitoire", annoncent ses présentateurs à l’antenne. Ces excuses, répétées à intervalles réguliers depuis le lancement lundi de l’offensive militaire à Falloujah, trahissent l’appréhension de la chaîne quant aux conséquences de son absence en Irak où, selon son porte-parole Jihad Balout, le gouvernement a ordonné début novembre "à ses fonctionnaires de ne plus s’exprimer sur Al-Jazira". En dépit de la fermeture du bureau d’Al-Jazira à Bagdad le 7 août, plusieurs responsables irakiens, dont des ministres, continuaient d’être interrogés par la chaîne depuis Doha. "Notre couverture de la question irakienne s’est poursuivie au même rythme même si nous sommes privés d’une présence sur le terrain", a déclaré M. Balout, soulignant que la chaîne, qui a fêté début novembre son 8ème anniversaire, "a connu des situations similaires et a prouvé sa capacité à surmonter les obstacles". Capitalisant sa rapide émergence dans un paysage médiatique arabe, souvent à la solde des régimes politiques en place, Al-Jazira a rappelé, dans un récent communiqué, qu’elle allait lancer "dans le courant du deuxième semestre de 2005" une seconde chaîne d’informations en continu "Al-Jazeera International", émettant en langue anglaise, ainsi qu’une chaîne documentaire et une autre pour enfants. "Al-Jazira demeure un média pionnier malgré tous les défis", a déclaré à l’AFP son rédacteur en chef, Ahmed al-Cheikh, citant les résultats d’un récent sondage publié récemment par le Washington Post et selon lequel, a-t-il dit, "Al-Jazira se place en tête de 120 chaînes de télévision mondiales diffusant en direction du Moyen-Orient". La chaîne qatariote s’est imposée par sa liberté de ton et elle irrite plusieurs gouvernements arabes. Certains de ses bureaux ont été fermés ces dernières années dans des pays arabes. "Al-Jazira n’a jamais dévié des constantes (de sa ligne) éditoriale et professionnelle en dépit de tous les défis que la chaîne a affrontés", a déclaré le président de son conseil d’administration, cheikh Hamad ben Thamer al-Thani, membre de la famille princière du Qatar. Financée depuis son lancement en 1996 par les autorités qatariotes, la chaîne, devenue célèbre pour sa couverture de la guerre en Afghanistan en 2001 et la diffusion en exclusivité de cassettes du chef d’Oussama ben Laden, le chef d’Al-Qaïda, devrait être privatisée, a indiqué son directeur général, Wadah Khanfar. "La société chargée d’étudier la privatisation de la chaîne a soumis un rapport au conseil d’administration" pour statuer sur l’ouverture du capital d’Al-Jazira au secteur privé, a-t-il ajouté dans une récente déclaration, soulignant toutefois que "la privatisation n’est pas pour demain". "Il y a plusieurs options pour la privatisation, mais l’important c’est qu’il n’y ait pas de changement de politique éditoriale", a ajouté le directeur d’Al-Jazira, avertissant qu’"une privatisation (...) qui nous transformera en une chaîne (commerciale) qui vend et achète des informations sera inacceptable". Pourtant, la diffusion par Al-Jazira de messages de ben Laden et notamment des vidéo de groupes armés revendiquant le rapt ou l’assassinat d’otages en Irak est constamment critiquée aux États-unis, qui ont fait du Qatar l’un de leurs principaux alliés arabes au Moyen-Orient.
Agence France-Presse 10 - 11 - 2004 |