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 Les journalistes britanniques se préparent pour les reportages parmi les plus dangereux qu’ils aient eu à faire, les élections en Irak, certains gouvernements européens appelant les médias de leurs pays à éviter de se rendre sur place. Munis de gilets pare-balles et de casques, des dizaines de reporters s’apprêtent à quitter Londres pour couvrir le scrutin historique du 30 janvier. La France, l’Italie et le Portugal ont déconseillé à leurs journalistes de se rendre en Irak. Mais 70 journalistes partiront ce week-end pour Bassorah, au sud de l’Irak, sous la protection de l’armée britannique. Beaucoup craignent de devoir compter sur les rapports des armées britannique et américaine au lieu de chercher leurs propres informations. Ou, au lieu d’aller sur le terrain, de devoir décrire une situation complexe sans quitter leur hôtel. La BBC a "renforcé de façon significative" son équipe sur place, avec dix journalistes de radio et de télévision, accompagnés d’équipes de soutien, déployés à Bagdad, Bassorah et dans le Kurdistan (nord). La chaîne publique prend la sécurité très au sérieux, prévoyant d’engager des agents de sécurité armés si nécessaire, a expliqué l’un de ses porte-parole. La chaîne de télévision en continu Sky News envoie des équipes à Bagdad et à Bassorah, et embauche un caméraman irakien dans la capitale "pour aller dans les rues plus que nous, Occidentaux, serions capables de le faire", a indiqué Adrian Wells, chef du service étranger. La chaîne envisage de louer de convois blindés et des hélicoptères pour les zones les plus risquées, notamment le trajet menant de l’aéroport à la "zone verte" de Bagdad, relativement sûre. Du côté des quotidiens, le Guardian, qui envoie cinq correspondants sur place, va recourir aux services de "consultants en sécurité" pour suivre au jour le jour sur la "situation sur le terrain", a indiqué à l’AFP la rédactrice en chef étranger Harriet Sherwood. Le journal a même demandé à ses correspondants masculins de se laisser pousser la barbe : "j’ai dit (à celui qui va à Bassorah) que la sienne ne poussait pas assez vite !", a-t-elle expliqué en plaisantant. Les élections, sur fond d’attaques quotidiennes, sont les plus dangereuses que beaucoup de reporters ont couvertes. Un vétéran du Moyen-Orient, Robert Fisk, correspondant à Bagdad de l’Independent, trouve que c’est "plus dangereux que l’Algérie, plus dangereux que le Liban, la chose la plus dangereuse qu’il ait jamais faite", selon le chef du service étranger, Leonard Doyle. La sécurité n’a cessé de se détériorer depuis le siège de Falloujah en avril, avec la vague d’enlèvements l’été et l’automne derniers. Stephen Farrell, reporter à Bagdad pour le Times, utilise des noms de code pour désigner les routes, porte une barbe, une keffieh et ne reste jamais dehors plus longtemps que nécessaire. Pour sa part, l’Independent juge "fondamentalement injuste" de s’appuyer sur les Irakiens. "Nous faisons un gros effort pour ne pas sous-traiter le travail aux journalistes locaux. C’est risqué pour eux. Nous assumons le même risque", a expliqué Leonard Doyle. Le travail des journalistes est compromis par un manque de sources, a averti Robert Fisk. Les journalistes font "de moins en moins" de reportages dans les rues, comptant sur des coups de fil au gouvernement irakien et à l’armée américaine, sans pouvoir vérifier les bilans de victimes en se rendant dans les hôpitaux ou les cimetières, a-t-il expliqué. Seul lueur d’optimisme, "si la résistance sunnite ne voulait pas de journalistes, nous aurions tous été tués ou kidnappés il y a des mois. La seule raison pour laquelle nous travaillons ici, c’est qu’elle veut que nous travaillions", selon Stephen Farrell, du Times.
Agence France Presse 21 - 01 - 2005 |