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De retour en France, les deux journalistes français Georges Malbrunot et Christian Chesnot ont raconté leur quatre mois de captivité en Irak, au cours desquels, ont-ils souligné, ils n’ont pas été maltraités et n’ont jamais "perdu espoir". Moins d’une demi-heure après leur arrivée sur le sol français, en l’occurrence le tarmac de l’aéroport militaire de Villacoublay, près de Paris, les deux ex-otages sont venus à la rencontre de la presse, massée derrière des barrières. Georges Malbrunot s’est montré le plus loquace sur les quatre mois passés aux mains de l’Armée islamique en Irak après leur enlèvement le 20 août sur la route reliant Bagdad à Nadjaf. Il a expliqué que la libération, mardi, s’était "bien passée", de façon "un peu inattendue". "Quand je suis sorti d’une coffre d’une Mercedes et que j’ai vu à trois mètres l’écusson tricolore (NDLR : d’un agent français), j’ai dit : ’ça sent la quille’". Georges Malbrunot a dénoncé avec virulence le rôle joué par le député UMP Didier Julia, qui avait tenté une médiation officieuse en octobre, affirmant même être entré en contact avec les ravisseurs. "Je suis scandalisé par le comportement de la personne que vous citez, c’est jouer contre la vie de deux compatriotes, ça ne mérite que le mépris", a déclaré le journaliste, avant de fustiger des "mythomanes". Le journaliste du Figaro a souligné en revanche n’avoir jamais "perdu espoir ni confiance dans l’action des autorités françaises". Il a expliqué que les ravisseurs avaient "respecté" les otages. "Ils ne nous ont pas battus, il n’y a pas eu de simulation d’exécution". "Les conditions étaient plutôt bonnes, on a été dans cinq maisons. Au début dans une ferme un peu spartiate", a dit Christian Chesnot. "Nos ravisseurs se sont présentés deux jours après (l’enlèvement) comme l’Armée islamique en Irak, un mouvement d’obédience salafiste. Nous, on leur a dit qu’on ne faisait pas partie de leurs ennemis, qu’on n’était pas les collaborateurs des Américains", a précisé Georges Malbrunot.
"Une espèce de cercueil en carton"
"En disant que la France était contre la guerre et a une position assez dure contre l’occupation et qu’on comprend la résistance, on a donné des gages", a-t-il ajouté. Georges Malbrunot a dit qu’il y avait eu plusieurs faux espoirs de libération et que des "divisions" étaient apparues au sein du groupe des ravisseurs. "Le 8 novembre, un des responsables arrive, avec une mauvaise mine, il nous explique que notre situation est critique, que les Français sont entêtés, qu’ils ne veulent pas aboutir sur le voile, les différents problèmes et que notre vie est menacée", a raconté Christian Chesnot. "Nous sommes très heureux d’être de retour à la maison parce que c’est une situation très dure, quand vous êtes entourés de personnes armées, cagoulées, c’est une expérience difficile", a insisté Georges Malbrunot. Selon lui, les otages n’étaient pas à Falloudja mais "sans doute près de Latifiya". "On a été sans doute à Abou Graïb et dans une banlieue de Bagdad. Et puis on nous a transportés dans le Nord et puis on est revenu". "Les déplacements étaient une épreuve parce qu’on nous ligotait, on nous bandait les yeux, on nous mettait couchés dans une espèce de cercueil en carton à l’arrière d’un GMC avec des couvertures sur nous. On a beaucoup bougé parce qu’il y avait eu des bombardements américains très proches et des ripostes irakiennes à deux reprises", a-t-il dit. "Donc ils nous disaient : ’on vous transfère pour votre sécurité’. On sentait qu’ils étaient soucieux de notre sécurité et qu’ils nous transféraient ailleurs". "Maintenant, l’Irak est devenu un endroit extrêmement dangereux, en province et dans Bagdad. On sait qu’il y a un journaliste italien (Enzo Baldoni) qui a été tué (en août), qui était dans la même ferme que nous", a dit Christian Chesnot.
Reuters - Paris 22 - 12 - 2004
Les portraits de Chesnot et Malbrunot décrochés de l’Hôtel de Ville
Les portraits géants de Christian Chesnot et Georges Malbrunot placardés sur la façade de l’Hôtel de Ville ont été déposés mercredi peu après 11 heures sous les applaudissements d’une petite foule réunissant surtout des journalistes, a constaté l’AFP. Le chauffeur des deux journalistes Mohammad Al Joundi, le secrétaire général de RSF Robert Ménard, le président (PS) du conseil régional d’Ile-de-France Jean-Paul Huchon, et plusieurs élus de Paris étaient au premier rang pour assister à l’opération, menée à bien à l’aide d’une grue. Quelques bouteilles de champagne ont été débouchées pour l’accasion. Sur la façade, reste le compteur des signatures à la pétition de soutien aux journalistes enlevés qui s’est arrêté à 73.402, ainsi qu’un message : "Merci à tous pour votre mobilisation". Mohammad Al Joundi, le chauffeur syrien des deux journalistes enlevé en même temps qu’eux et libéré le 17 novembre, s’est dit "très heureux de cette très bonne nouvelle". "Pour eux, c’est le premier jour d’une nouvelle naissance", a-t-il dit en arabe, traduit par son beau-frère. Mohammad Al Joundi, très souriant, a dit qu’il se rendrait à Villacoublay pour accueillir Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Les portraits des deux journalistes, enlevés le 20 août, avaient été installés sur la façade de l’Hôtel de Ville de Paris le 31 août, à l’initiative de Reporters sans frontières (RSF). Ils ont été libérés mardi et seront accueillis mercredi en fin de journée à l’aéroport de Villacoublay par le Président de la République.
Agence France-Presse 22 - 12 - 2004
Les "efforts communs" des 2 gouvernements ont contribué à libérer les otages
L’ambassadeur d’Irak en France, Mowafak Abboud, a affirmé mercredi que les "efforts communs déployés" par les gouvernements français et irakien avaient "contribué vivement à la libération" des journalistes français Christian Chenot et Georges Malbrunot. "Les efforts communs, qui ont été déployés par nos deux pays amis, ont contribué vivement à cette libération. Nous sommes confiants que cet heureux événement marquera un pas en avant pour renforcer les relations bilatérales", a déclaré M. Abboud à l’AFP. "Nous nous félicitons de la libération des deux journalistes français, qui peuvent ainsi passer les fêtes auprès de leurs familles", a-t-il ajouté. Georges Malbrunot, 41 ans, et Christian Chesnot, 37 ans, ont été libérés mardi après avoir été détenus en otages plus de quatre mois par un groupe, baptisé Armée islamique en Irak.
Agence France-Presse 22 - 12 - 2004
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