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AFP, vendredi 12 août 2005
Hamida BEN SALAH
TUNIS - Des discriminations sexuelles subsistent en Tunisie malgré un demi-siècle de lois sociales particulièrement libérales pour les femmes de ce pays arabo-musulman qui célèbre samedi la "Fête nationale de la femme".
"La plus flagrante est l’inégalité dans l’héritage, la loi accordant encore aux hommes une part double par rapport à celle des femmes", affirme la pédopsychiatre Ahlem Belhaj, qui dirige l’Association des femmes démocrates (ATFD, féministe).
Mme Belhaj fait écho à une campagne lancée ces dernières années par des groupes féministes pour mettre fin à cette discrimination qu’elle qualifie de "tare inacceptable" dans le droit tunisien vu le degré d’évolution des femmes dans ce pays.
La loi sur l’héritage constitue l’un des rares cas où le droit islamique (Chariaâ) est appliqué en Tunisie, ce pays ayant renoncé dès son indépendance en 1956 aux châtiments corporels et à certaines lois économiques en vigueur dans les pays conservateurs.
Les défenseurs des droits de l’Homme demandent une application, "sans réserve", de la Convention internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. La Tunisie, qui a ratifié cette convention il y a vingt ans, avait fait inscrire des réserves sur l’égalité entre homme et femme au sein de la famille, en matière d’héritage et de transmission de nationalité.
Des mesures gouvernementales ont cependant permis ces dernières années à la femme d’avoir, sous certaines conditions, un droit de tutelle sur ses enfants, et de leur transmettre sa nationalité.
"C’est une évolution sur ces deux points. Mais le problème de l’inégalité dans l’héritage reste entier", note Salah Zghidi, un syndicaliste proféministe.
"Les enjeux, essentiellement économiques, sont à l’origine de la résistance au progrès", explique Mme Belhaj, évoquant également les mentalités patriarcales.
L’ATFD et la Ligue de défense des droits de l’Homme demandent la levée des réserves "pour que les femmes tunisiennes jouissent de tous les droits reconnus et garantis par la convention" internationale.
"Nous avons écrit au président Zine El Abidine Ben Ali, saisi les députés et adressé une lettre au secrétaire général de l’Onu" a précisé à l’AFP, Balkis Mechri, enseignante en charge de la campagne à la LTDH.
La Fédération internationale des droits de l’Homme s’est associée à cette démarche relancée à l’occasion de la Fête nationale des femmes, célébrée le 13 août pour commémorer la promulgation, en 1956, du "Code du statut personnel" par l’ancien président Habib Bourguiba dès l’indépendance du pays.
Bourguiba avait fait inscrire l’égalité juridique des sexes dans la première constitution tunisienne, une disposition qui demeure exceptionnelle et que contestent les islamistes radicaux.
La polygamie et la répudiation ont ainsi été interdites, le divorce judiciaire a été institué, de même que l’âge minimum du mariage pour les jeunes filles et le droit à l’éducation et au travail rémunéré.
Actuellement, les Tunisiennes représentent 25% de la population active et constituent plus de 50% des étudiants et elles sont présentes dans tous les secteurs d’activité.
L’Union nationale des femmes (UNFT, officielle) s’en félicite mais ne se prononce pas sur la question sensible de l’inégalité dans l’héritage, commémorant le 13 août en pompe sous le signe du savoir numérique, dans le perspective du Sommet mondial de la société de l’information prévu en novembre à Tunis. |