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La Presse (Montréal)
Monde, mercredi 29 juin 2005, p. A17
Khan, Jooneed
En France, anciennement, se faire muter à Limoges était une punition. On était " limogé ". En Tunisie, aujourd’hui, le détenu politique ayant purgé sa peine est souvent envoyé à Zarzis, placé en résidence surveillée et privé de ses droits citoyens. On dit de lui qu’il a été " zarzissé ", et cette punition peut s’appliquer n’importe où, même à l’étranger.
Me Saïda Akrimi et Me Samir Dilou, membres du barreau de Tunis et responsables de l’Association internationale de soutien des prisonniers politiques (AISPP), venus à Montréal dans le cadre de la cinquième campagne annuelle de l’organisation, font remonter le zarzissage au cas du journaliste Abdalla Zouari.
Arrêté au début des années 90 dans la campagne du régime Ben Ali contre la mouvance islamiste Annahda, il a été condamné à 12 années de prison. Après avoir purgé sa peine, il a été envoyé en résidence surveillée à Zarzis, petite ville côtière près de Djerba, à 500 km au sud de Tunis. " Il ne peut ni travailler ni voyager, même pas jusqu’à Tunis pour voir sa famille ", a dit à La Presse Me Akrimi, secrétaire générale de l’AISPP.
Quant au Dr Moncef Marzouki, militant des droits humains et candidat présidentiel du Congrès pour la République (CPR, parti non autorisé), " il a récupéré son passeport mais il ne peut ni pratiquer ni enseigner en Tunisie : il a été zarzissé en France, où il gagne sa vie comme maître de conférences ", ajoute Me Dilou.
Avec une quinzaine de sympathisants, dont des Canadiens d’origine tunisienne, Me Akrimi et Me Dilou ont participé hier à un lâcher de ballons rouge et blanc, les couleurs de la Tunisie, devant le consulat de Tunisie à Montréal. " On réclame la libération urgente et immédiate des 532 prisonniers d’opinion en Tunisie ", ont-ils affirmé.
" Il n’y a plus de femmes parmi eux, la dernière, Haadda Abdelli, ayant été libérée en 1999 après avoir purgé des peines concurrentes totalisant 78 années de prison. Elle est à Tunis mais elle est zarzissée elle aussi : elle n’a pas le droit de travailler et elle doit se rapporter plusieurs fois par jour au poste de police de son quartier ", dit Me Akrimi.
" Plusieurs détenus ont été condamnés dans le cadre de la campagne anti-Annahda, au terme de procès qu’Amnistie internationale, Human Rights Watch, la FIDH, entre autres, ont jugé inéquitables ", dit Me Dilou, qui a lui-même séjourné dans plusieurs prisons du pays " pour un total de 10 ans, deux mois et huit jours, précise-t-il. D’autres sont des journalistes, des militants de droits humains, des opposants ".
" Le plus âgé est Hamadi Abdel Malek. Agriculteur et père de cinq enfants, il a 65 ans. Il a fait plusieurs grèves de la faim, il est cancéreux, il ne peut plus marcher. Les plus jeunes sont les jumeaux Ramzy at Meher Khalsi, emprisonnés à l’âge de 17 ans et qui ont 34 ans maintenant. Il y a aussi le cas humanitaire urgent d’Abdel Latif Bouhjila, condamné en 1996 à 11 ans pour appartenance à une association non reconnue. Il a 32 ans mais son état de santé s’est dégradé après des grèves de la faim pour un total de 678 jours ", explique encore Me Akrimi.
Le cas le plus médiatisé du zarzissage est celui de six internautes emprisonnés pour avoir " utilisé l’Internet à des fins d’activités terroristes ". Cela dans une Tunisie qui va accueillir en septembre le Sommet de l’ONU sur la société de l’information. " C’est comme si on organisait un congrès d’écologie dans une centrale nucléaire ", a illustré Me Dilou. |