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Le Sommet mondial sur la société de l’information ouvre la semaine prochaine en Tunisie. Le choix du lieu suscite la polémique et élude les enjeux.
caroline stevan
Publié le 10 novembre 2005
La première phase du sommet avait eu lieu à Genève en décembre 2003, la seconde se tient à Tunis, du 16 au 18 novembre ; parce qu’il fallait trouver un pays hôte au Sud et que la Tunisie s’est spontanément proposée. L’innovation du SMSI était la participation de quatre types d’acteurs, les gouvernements, les organisations internationales, le secteur privé et la société civile. Cette dernière encaisse mal le choix du lieu, d’autant que les militants tunisiens sont déjà écartés du sommet par leurs autorités. Une réunion parallèle et « citoyenne », dès lors, est organisée. Le point avec Comunica-ch, plate-forme suisse pour la société de l’information.
Ecoles et universités fermées, routes bloquées, quartiers verrouillés... le régime Ben Ali entend faire de la deuxième phase du SMSI un sommet « off shore ». « Nous nous attendions à un certain relâchement avant et durant la réunion, mais il y a eu au contraire un durcissement des atteintes aux droits de l’homme ces derniers mois. Cela menace gravement la crédibilité des Nations Unies », constate Yves Steiner, d’Amnesty International. Et de préciser que, innovation tunisienne, tous les communiqués circulant lors du sommet devront au préalable être envoyés au secrétariat exécutif, secrétariat dans lequel Tunis compte trois salariés.
Evincée des discussions officielles, la société civile tunisienne a décidé, avec l’appui de la société civile internationale, d’organiser un sommet citoyen. « Boycotter purement et simplement le SMSI n’aurait pas été une bonne idée, il y a trop de sujets sur lesquels nous avons notre mot à dire, relève Chantal Peyer, de Pain pour le Prochain. Nous ne pouvions pas non plus le cautionner complètement, d’où l’idée de cette rencontre parallèle. Il est important que des acteurs politiques et officiels y participent également. Nous attendons une réponse du DFAE. » Le lieu de la réunion n’est pas encore connu, les hôtels contactés ont annulé les réservations de salle au dernier moment, prétextant des travaux.
Le scandale engendré par la tenue du sommet à Tunis fait passer les enjeux de la société de l’information au second plan. Deux grands défis attendent cependant les participants. La réduction de la fracture numérique d’abord. Un fonds de solidarité a été lancé suite à la première phase du sommet, mais les Etats ont refusé de s’engager financièrement. Les dons proviennent de collectivités locales et de privés. « Le fossé s’accroît et la générosité n’est pas de la partie. Le minimum dont pourrait accoucher le SMSI, s’il n’est pas un échec complet, serait le maintien d’un organisme d’évaluation », argue Guillaume Chenevière, président du Conseil mondial de radio-télévision.
La gouvernance d’Internet ensuite. Les discussions devraient porter sur la mise en place d’une structure multilatérale pour garantir la liberté sur la Toile et remplacer le contrôle de facto assuré par les Américains.
Déresponsabilisation du Nord
Dès le début du processus, Tunis avait été présenté comme le sommet du concret. Comunica-ch émet des doutes. « Le plan d’action de Genève a fixé des objectifs pour 2015, comme l’accès pour la moitié de la planète aux technologies de l’information. Jusque-là, les gouvernements de l’OCDE ont dit oui dans les textes, mais refusent de s’engager financièrement.
Les Etats-Unis ont même demandé à biffer des déclarations toute mention d’un suivi du sommet. Le Nord repousse la mise en uvre des décisions sur les pays en développement et compte sur la libéralisation et le secteur privé pour amener les ressources », regrette Chantal Peyer. La fracture n’est pas seulement numérique. |