Huit Tunisiens condamnés à de lourdes peines pour activités terroristes (Presse Canadienne)
Huit Tunisiens condamnés à de lourdes peines pour activités terroristes
Presse Canadienne | Le 9 avril 2004 - 16:01
Huit jeunes Tunisiens ont été condamnés à de lourdes peines allant de 19 à plus de 26 ans de prison ferme pour activités à caractère "terroriste", a-t-on appris vendredi auprès de l’un de leurs avocats, Me Samir Ben Amor, qui a dénoncé ce verdict "trop sévère".
Six d’entre eux, jugés mardi par le tribunal de première instance de Tunis, ont écopé de 19 ans et trois mois. Il s’agit de quatre lycéens et d’un étudiant âgés de 18 à 21 ans, et d’un enseignant, résidant tous dans la région de Zarzis, dans le sud tunisien.
Les deux autres, en fuite, ont été condamnés par défaut à 26 ans et trois mois de prison. Le premier, Tahar GuemaJir, se trouve en Suède, et le second, Ayoub Sfaxi, en France, d’après Me Ben Amor.
Les membres du "groupe de Zarzis", comme on les appelle désormais, ont été condamnés pour "constitution d’une association de malfaiteurs, réunions non autorisées, vol et tentative de vol et détention, transport et stockage de produits explosifs", selon l’avocat.
Lors de leur interrogatoire par le tribunal, a-t-il ajouté, ils ont nié en bloc les faits qui leur sont reprochés et affirmé avoir fait l’objet de mauvais traitements au ministère de l’Intérieur. Il a par ailleurs récusé dans la forme et le fond les procès-verbaux contenus dans leur dossier, ceux-ci étant datés de Tunis, alors que les prévenus ont été arrêtés à Zarzis.
Dans leurs plaidoiries, les avocats de la défense ont demandé l’acquittement de leurs clients, considérant que le "dossier à charge était vide".
Selon Me Ben Amor, seuls deux ou trois des prévenus "ont tenté des expériences chimiques, mais ont échoué".
"Il n’y a aucune preuve de vol, ni saisie de produits explosifs quelconques, à l’exception de documents puisés sur le réseau Internet et d’un tube de colle", a-t-il affirmé.
L’avocat a précisé que la défense a interjeté appel de ce jugement. "J’espère que les peines seront révisées et allégées", a-t-il souhaité.
De son côté, le président de la Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme, Me Mokhtar Trifi, a confié à l’Associated Press (AP) qu’il avait accueilli ce jugement avec "une très grande indignation".
"C’est inimaginable de condamner des jeunes qui n’ont commis aucun acte délictuel à des peines aussi lourdes", a-t-il déploré.
Selon lui, la défense n’a pu voir aucune pièce à conviction. "Il n’y a rien dans le dossier qui puisse donner matière à de telles peines", a-t-il encore soutenu.
Cependant, une source officielle a, dans un communiqué transmis à l’AP, avancé que les prévenus appartenaient à "un groupe terroriste intégriste" dirigé depuis 2001 par le dénommé Tahar GuemaJir.
Ce "leader" a quitté la Tunisie en mai 2002 pour s’établir à l’étranger (Suède), d’où il continuait de correspondre avec les membres du groupe, d’après les conclusions de l’enquête menée par les services de sécurité tunisiens.
En février 2003, un des membres du groupe a été arrêté "alors qu’il était en possession d’un ensemble de documents relatifs à la fabrication d’armes et d’explosifs".
Selon la même source, les documents contenaient également "un appel à une attaque armée contre un poste de la garde nationale à Zarzis et à la fabrication et l’utilisation de cartes magnétiques trafiquées".
Ces cartes, ajoute le communiqué, devaient servir au "retrait frauduleux d’argent dans les distributeurs automatiques pour réunir les fonds nécessaires au financement des activités terroristes du groupe".