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Peines allégées pour des jeunes, accusés, sans preuve, de vouloir rejoindre l’Irak.
Par Christophe AYAD
mardi 05 juillet 2005
La justice tunisienne est toujours aussi déconcertante. En acquittant, dimanche, cinq des treize prévenus du groupe dit de Bizerte à cause de son origine géographique, la cour d’appel de Tunis a créé la surprise. Ils comparaissaient pour avoir projeté de rejoindre la rébellion irakienne, selon l’accusation. En première instance, la justice avait eu la main lourde, les accusés écopant de peines de dix à trente ans de prison ferme, en vertu d’une loi antiterroriste très contestée et promulguée en 2003, officiellement pour « appuyer les efforts internationaux dans la lutte contre le terrorisme ». Outre les cinq acquittements, les peines de cinq autres condamnés ont été divisées par deux. La peine de trente ans de prison ferme a été maintenue pour les trois jeunes en fuite, dont Lotfi Rahali, présenté par Tunis comme un membre d’Ansar al-Islam, un groupe terroriste irakien proche du Jordanien Abou Moussab al-Zarkaoui, que Rahali aurait rencontré en Syrie. Mohamed Badjouya a écopé de vingt ans pour avoir recruté des volontaires et « leur avoir fourni une formation idéologique et militaire pour mener des attaques terroristes ».
Les inculpés sont tous âgés de 20 à 30 ans. Un quatorzième, mineur, jugé séparément, a été acquitté. A l’audience, les prévenus ont tous nié leur appartenance à une organisation terroriste, affirmant avoir signé des aveux sous la torture. Ils ont longuement détaillé les sévices, notamment sexuels, subis en détention. Certains d’entre eux ont reconnu avoir effectué de brefs séjours en Syrie mais afin d’étudier et non de se rendre en Irak. Séjours qui ont souvent eu lieu avant même la promulgation de la loi antiterroriste. L’accusation n’a pu produire aucune preuve au cours du procès. « Ils ne se connaissaient pas, n’ont même pas été confrontés, s’insurge leur avocat, Me Anouar Kousri, qui n’avait pas eu le droit de plaider en première instance. Ils ne sont même pas tous religieux. Leurs aveux sont le résultat d’une torture systématique. »
Reste que, si le dossier des condamnés du groupe de Bizerte est vide, plusieurs observateurs confirment qu’une partie de la jeunesse tunisienne est « travaillée par la situation en Irak ». L’armée américaine a annoncé hier avoir arrêté un Tunisien, Imad Nassar Ahmad Amarah, surnommé Abou Hamza, soupçonné d’avoir hébergé plusieurs kamikazes étrangers dans la ville de Mossoul, au nord de l’Irak. « Attention, beaucoup parlent mais peu agissent », tempère Anouar Kousri, qui a recensé des centaines d’arrestations au titre de la loi antiterroriste ces derniers mois. Une loi qui permet de condamner à des peines de prison allant jusqu’à trente ans pour le simple fait d’avoir eu l’intention de constituer une « entente terroriste », sans jamais être passé à l’acte. Autant dire tout le monde... |