Son procès en appel est fixé au 15 juin
Mohammed Ben Mohammed est l’un des jeunes Tunisiens arrêtés en avril 2004 et détenus à la prison du 9 avril. Il a été torturé lors de sa garde à vue dans les locaux du ministère de l’intérieur à Tunis, inculpé en vertu de la loi anti terroriste promulguée le 10 décembre 2003, et condamné le 5 avril 2005 à 10 ans d’emprisonnement, 5 ans de contrôle administratif et 10 000 dinars d’amende par le tribunal de première instance. Son procès en appel, initialement prévu pour le 4 juin, a été reporté au 15 juin à la demande de la défense. Douze autres jeunes gens verront leur affaire examinée par la Cour d’Appel. Un treizième, mineur, sera déféré à part.
Détenu depuis son arrestation à la prison du 9 avril à Tunis, Mohammed Ben Mohammed a commencé il y a 21 jours une grève de la faim pour exiger d’être changé de cellule, en vain. Il a été isolé des autres jeunes condamnés dans cette affaire et eux aussi incarcérés à la prison civile de Tunis.
La parole est à monsieur Hadj Ali Ben Mohammed, le père de Mohammed, qui lui a rendu visite hier, vendredi 10 juin, à la prison civile de Tunis :
"Je suis le père de Mohammed Ben Mohammed qui a été condamné à 10 ans d’emprisonnement dans une affaire qui a vu des inculpations qui n’ont rien à voir avec la vérité. Deux autres ont été condamnés aussi à 10 ans d’emprisonnement, un autre à quinze ans et ç autres à 30 ans dans des conditions de tribunal et de procès qui ne sont pas du tout légales. Les avocats n’ont pas pu se présenter, puisque mon fils, avec tout le groupe, a refusé de se présenter, car ils refusent les inculpations mises dans le rapport de chacun d’eux et qu’ils ont signées sous la torture.
Ce verdict qui est très dur pour eux et pour leurs familles aussi est basé sur des informations qui sont loin de la vérité. Ces jeunes gens ne se connaissaient pas entre eux. Comment pourraient-ils former un noyau, comment peuvent-ils effectuer des entraînements militaires à l’étranger ? Quatre d’entre eux n’ont jamais quitté le pays, et leurs passeports en font foi. C’est le cas de mon fils.
Mon fils est né le 28 avril 1977. Il a eu son baccalauréat en sciences expérimentales en juin 1996. Puis il a continué ses études à la faculté de gestion de Sfax. Il a obtenu sa maîtrise en 2001. Il a été recruté à Tunisie Télécom comme gestionnaire financier en mars 2003. Le 3 avril 2004, il a été arrêté par les autorités tunisiennes.
Il est le seul garçon au milieu de cinq soeurs. Il est le plus petit, donc vous pouvez imaginer le type d’homme qu’il était, très gâté.
Ses avocats sont Mohammed Nouri et Samir Ben Amor, de l’Association Internationale de la défense des prisonniers politiques. Comme tous les détenus dans cette affaire, il a été torturé : il a subi le "rôti", la position où mains et jambres sont rassemblées auprès du cou, on l’a fait mettre sur une seule jambe pendant des heures, on lui a plongé la tête dans l’eau, et bien sûr, ils ont été frappés jusqu’à en avoir des marques sur tout le corps. Cela s’est passé au ministère de l’Intérieur à Tunis.
Je suis en contact permanent avec les associations de droit de l’homme en Tunisie et on a fait pas mal d’appels au monde. Les familles se sont connues au cours du procès, au tribunal.
Mais, depuis juillet 2004, mon fils a été isolé du reste du groupe et il est à la prison du 9 avril avec des droits communs. Il y a 40 lits pour 140 prisonniers. Nous avons rencontré trois fois le directeur de la prison et fait une demande, mais nous n’avons eu aucune réponse, ni favorable, ni défavorable.
Mon fils ne peut plus supporter ces conditions difficiles et inhumaines. C’est pourquoi il a commencé une grève de la faim le 23 mai 2005, d’autant qu’un co-détenu a été torturé par quatre prisonniers sur les ordres du directeur. Il s’agissait d’un prisonnier condamné dans l’affaire de l’Ariana, mais maintenant ce prisonnier a été transféré très loin de Tunis.
C’est la solution que mon fils a trouvée. Il n’a pas le choix. Il restera en grève de la faim jusqu’à ce qu’ils lui trouvent une solution. Il demande à toutes les organisations de droits de l’homme de faire entendre leur voix, de faire pression pour avoir de meilleures conditions.
Nous lui avons rendu visite aujourd’hui, vendredi, à la prison. Cela fait trois semaines que nous n’apportons plus de couffin. Pour la première fois, un médecin lui a rendu visite. Sa tension est à 13. Il lui a dit que c’est normal, mais nous, sa famille, sommes très inquiets de son état. Nous lui rendons visite chaque vendredi.
Transmettez notre appel à toutes les organisations qui pourraient lui venir en aide, d’ici le procès."
Propos recueillis le 10 juin 2005 par Luiza Toscane |