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Borj El Amri, le 26.07.05
Moi, Mohammed Ben Ali Ben Amor Chennaoui, prisonnier politique, âgé de 53 ans, j’ai été condamné dans une affaire liée à mon appartenance au mouvement de la Nahdha à vingt ans d’emprisonnement, dont j’ai déjà purgé quatorze dans les pires conditions qui soient : j’ai été soumis à une torture sauvage dans les cachots du ministère de l’Intérieur qui a entraîné un accident vasculaire cérébral, dont une séquelle a été un déficit auditif, accompagné d’un bourdonnement permanent dû au vacarme incessant de jour comme de nuit, qui ne fait qu’accentuer ma douleur et brise ma résistance nerveuse. Et ce n’est pas tout, je suis atteint de plusieurs maladies chroniques, mais la dernière a été la pire.
Je vous adresse ce cri de derrière les barreaux, puisse-t-il parvenir aux oreilles de ceux qui se préoccupent des droits de l’homme en Tunisie, et de la situation et du calvaire des prisonniers politiques plus précisément. Je vous en livre un aperçu en ce qui me concerne :
Suffocation dans la cellule à cause de la densité de la fumée et des mégots jetés sur le sol. Cela m’a causé une allergie aiguë et une insuffisance respiratoire.
Amoncellement des détritus et absence de nettoyage pendant de longues périodes, sauf lorsque passent des responsables.
Toilettes bouchées qui débordent à l’intérieur de la cellule.
Eau coupée à l’instigation de l’administration pratiquement toute la journée. Elle est rétablie à une heure tardive de la nuit, d’où une pagaille telle que nous ne pouvons pas dormir et nous reposer pendant la nuit.
Généralisation de la drogue, des jeux de cartes et de l’homosexualité en plein jour et à découvert, avec l’assentiment et sur encouragement de l’administration, aux fins de nous faire souffrir, de nous humilier et de nous briser moralement, ainsi que les blasphèmes proférés à haute voix
En dépit des possibilités dont dispose l’administration de la prison de Borj El Amri, comme l’aile K , l’aile d’isolement ou les cellules non fumeurs, elle refuse de m’y transférer, alors que des prisonniers de droit commun le sont sur intervention.
Il est opportun de rappeler que je n’ai pu faire soigner mon oreille qu’au bout de quatorze années, mais que je n’ai pu guérir, les soins étant survenus trop tard. Quant au traitement, je ne l’ai eu qu’une seule fois : des rayons et des sédatifs.
Face à l’inhumanité de ma situation, je ne peux plus continuer à vivre. Au terme de quatorze années de répression, de terreur, d’humiliation et de brisure, j’ai commencé le 26.07.05 une grève de la faim et j’appelle tous ceux qui défendent les droits de l’homme, les médias sincères et les personnalités nationales à tout mettre en uvre pour faire cesser cette tragédie, mettre un terme à mes déplorables conditions et à mon atroce calvaire.
J’ai bon espoir que vous compreniez ma situation. Je vous adresse mes remerciements et ma gratitude.
Le prisonnier politique Mohammed Ben Ali Ben Amor Chennaoui
(traduction ni revue ni corrigée par l’auteur de la version en arabe, LT) |