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A toute personne respectant l’être humain et oeuvrant à la concrétisation de sa dignité
Chers messieurs
Je vous exhorte à vous solidariser avec moi et à tous ceux dont les causes sont justes. Je passe par une période critique, marquée par un calvaire en dedans et en dehors de la prison. Depuis près de dix années maintenant, traversées par la douleur et la tristesse, j’agonise lentement. Pendant toute cette période, la vie m’a été pénible et amère, et en dehors de la prison, ce sont plaintes et attente : j’ai laissé une famille nombreuse, une mère de soixante treize ans, une épouse sans emploi qui a la charge de cinq enfants. L’aîné d’entre eux est à l’université, trois sont au lycée et la dernière suit l’enseignement de base. Ils n’ont plus aucun revenu depuis le décès de mon père le 21 février 2005.
Mes enfants sont au printemps de leur vie - il y en a une que j’ai laissée à l’état d’embryon dans le ventre de sa mère-, et ils sont menacés de devoir abandonner leurs études et de se perdre - « de l’indigence à la mécréance il n’y a qu’un pas » -, en raison de ce que la famille a dû affronter en termes d’exclusion et de marginalisation.
Chers messieurs, hommes libres et militants des droits de l’homme, je sais que vous portez attention et soutien, à moi et à tous ceux qui sont en quête de liberté, comme à chaque fois que vous recevez un SOS ou l’appel d’un opprimé.
Cette fois-ci, c’est moi qui émets cet appel pour que vous vous solidarisiez de ma cause et de celle de ma famille en ces temps d’épreuves insupportables.
Je profite de l’occasion pour vous convier à rendre visite sur place à ma famille, menacée de dépression, pour que vous vous rendiez compte de la réalité, que vous en dressiez un constat visuel rendant compte de l’ampleur de la tragédie, sachant qu’aux yeux le pire est invisible.
Je vous signale aussi que durant toutes ces années, je n’ai pas eu droit, à l’instar des prisonniers de droit commun, à une grâce ou à une remise de peine. Si tel avait été le cas, je serais déjà hors des enceintes de l’injustice et je jouirais de la liberté qui m’a été spoliée, celle qui est célébrée par tous les êtres humains.
Recevez, chers messieurs et amis, mes salutations chaleureuses. Je vous invite à suivre ma situation avec toute l’attention qu’elle mérite et à intervenir auprès des autorités tunisiennes et du Président de la République pour ma libération, la fin de mon calvaire et de celui de ma famille.
Face à ce cas de force majeure, je suis contraint à faire une grève de la faim, ultime solution après avoir tout tenté pour mettre un terme à cette situation délétère.
Recevez, messieurs, l’expression de mon respect et de ma considération.
Prison civile de Gabès
Etat civil
Prénom : Mohammed Ali Abderrahmane Mabrouk
Nom : Benrejeb
Age : né en 1955
Situation familiale : marié et père de cinq enfants
Marié à : Samia Bent Saïd Ghannouchi, femme au foyer
Personnes à charge : mère âgée de 73 ans
Condamnation : 13 ans et 4 mois
Date d’entrée en prison : 8 avril 1996
Etat de santé
1) Ulcère de l’estomac (d’après le premier examen à l’hôpital universitaire de Sfax le 1er novembre 2001 et le second en avril 2003 à Gabès)
2) Arthrose aux genoux
3) Laryngite aiguë
4) Baisse grave de l’acuité visuelle
5) Allergie à la fumée provoquée par l’épreuve quotidienne de la présence de fumeurs dans un lieu exigu
(traduction ni revue ni corrigée par l’auteur de la version originale, LT) |