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Des figures de la société civile tunisienne ont entamé mardi un jeûne illimité. Elles revendiquent le respect des libertés d’expression et la démocratie.
Mardi 18 octobre, sept personnalités de la société civile et politique ont entamé une grève de la faim illimitée dans le bureau de Me Ayachi Hammami à Tunis (1). Par un geste aussi grave, parce que certaines d’entre elles ont de sérieux problèmes de santé, que symbolique et fort, ces personnalités « revendiquent le respect de la liberté d’association, la reconnaissance de tous les partis politiques, la légalisation des associations et le respect de leur autonomie, la liberté d’expression et des médias, ainsi que la liberté de tous les prisonniers politiques qui subissent depuis de longues années un véritable calvaire dans les prisons tunisiennes », écrit le CRLDH, une ONG tunisienne de défense des droits de l’homme.
De guerre lasse, face à la surdité du pouvoir tunisien, ces personnalités représentatives de l’éventail sociopolitique tunisien tentent ainsi, au risque de leur vie, d’alerter l’opinion tunisienne et internationale sur « une situation inégalée de répression et d’étouffement des libertés en Tunisie », ajoute l’ONG. Plus généralement, le défi de ces sept personnalités au pouvoir du président Ben Ali intervient à moins d’un mois du sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) qui aura lieu du 16 au 18 novembre dans la capitale tunisienne et auquel doit participer le premier ministre israélien, Ariel Sharon.
À l’évidence, les autorités tunisiennes semblent avoir été prises de court par cette grève de la faim politique. À défaut de l’interdire, elles ont tenté d’intimider des gens qui, au demeurant, n’ont plus rien à perdre. Au deuxième jour de la grève de la faim, le bureau de Me Ayachi Hammami, où se déroule cette initiative, a été assiégé par la police tunisienne afin d’empêcher tout soutien aux grévistes. Des délégations d’étudiants, de journalistes, de syndicalistes, de dirigeants politiques ont été empêchées par la force d’exprimer leur solidarité. Selon le CRLDH, le dispositif policier a finalement été levé en raison de la visite effectuée par une délégation de l’ambassade de Grande-Bretagne agissant à titre de président de l’Union européenne (UE). Elle a informé les grévistes de la visite prochaine d’un membre de la Commission européenne.
De son côté, le groupe GUE-GVN, présidé par Francis Wurtz, et le groupe Verts-ALE, représenté par sa vice-présidente, Helène Flautre, organiseront mardi 23 octobre une audition sur le thème « Libertés d’expression et droits de l’homme en Tunisie » au Parlement européen à Strasbourg, en présence du président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, Mokhtar Trifi, de Sania Hamouda, épouse de Me Mohamed Abou, condamné à trois de prison en mars 2005, et de Térésa Choplin, mère de l’internaute Omar Chendli. Le Parlement européen entend s’impliquer pour que Tunis, signataire de l’accord d’association avec l’UE, respecte l’une de ses dispositions stipulant la libération des prisonniers politiques, le respect des libertés d’expression et de la presse, la démocratie et les droits humains. Le Parti communiste français a, pour sa part, adressé un message de solidarité aux grévistes en dénonçant « le durcissement de la répression du régime du président ben Ali ».
(1) Me Ayachi Hammami, président du comité de soutien à l’avocat Mohamed Abou, condamné à trois ans de prison en mai 2005, Me Ahmed Nejib Chebbi, dirigeant du Parti démocratique progressiste (PDP), Hamma Hammami, porte-parole du Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT), Abderaouf Ayadi, dirigeant du Parti du congrès pour la République (CPR), Mokhtar Yahyaoui, magistrat, président du Centre pour l’indépendance de la justice (CIJ), Me Mohamed Nouri, président de l’Association internationale de soutien
aux prisonniers politiques (AISPP), Lotfi Hajji, président du syndicat indépendant
des journalistes.
Hassane Zerrouky |