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International - Maghreb
Demandant le respect des libertés publiques, leur mouvement est contesté par l’opposition dite institutionnelle.
Thierry Oberlé
Le Figaro, [04 novembre 2005]
(page 3, en haut à droite)
LES GRÉVISTES de la faim de Tunis ne sont plus que sept. Abderraouf Ayadi, vice-président du Congrès pour la République (CPR-non reconnu), a décidé mercredi de rompre son jeûne en raison de l’aggravation de son état de santé. L’avocat qui souffre de troubles cardiaques avait dû être transféré dimanche soir dans une clinique à la suite d’un malaise. Selon un rapport médical, un « traitement par des injections ne suffisait plus à arrêter la détérioration de deux de ses organes vitaux, le coeur et le foie ».
Son retrait reflète l’affaiblissement général des grévistes de la faim qui entrent dans leur 18e jour de mouvement pour exiger le respect des libertés publiques et des droits de l’homme. Mohammed Nouri, un autre avocat contestataire, a été brièvement hospitalisé dimanche. Quant à Me Ahmed Nejib Chebbi, le chef du Parti démocratique progressiste (PDP) et au juge Mokhtar Yahyoui, ils donnent de sérieux signes de fatigue.
Les dissidents reprochent au régime d’avoir instauré un climat de peur et de méfiance en verrouillant tout espace d’_expression libre. Ils appartiennent, pour la plupart, à de petites formations politiques d’opposition non reconnues par le pouvoir ou non représentées au Parlement. Ils réclament la fin de la censure, la libération des prisonniers politiques et exigent l’élargissement de Me Mohammed Abbou, condamné en mars à trois ans et demi de prison pour avoir critiqué avec virulence le pouvoir. L’avocat avait stigmatisé dans un texte diffusé sur Internet l’invitation adressée au premier ministre israélien Ariel Sharon pour le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI).Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, une cinquantaine de chefs d’Etat ou de gouvernement et plus de 11 000 participants doivent y participer. Destiné à réduire la fracture numérique entre le Nord et le Sud, il va se tenir du 16 au 18 novembre dans un pays où la moindre information susceptible de déplaire aux autorités est interdite d’accès aux internautes.
« Surenchère sordide »
A quelques jours de son ouverture, le gouvernement accuse toujours ses opposants de monter une « mise en scène » à l’occasion du SMSI. « La prétendue grève de la faim pour les libertés n’est qu’une mise en scène médiatique orchestrée par quelques individus qui tentent d’instrumentaliser la presse internationale à des fins suspectes », a affirmé à l’AFP un haut responsable s’exprimant sous couvert d’anonymat. « Le fait que ces grévistes s’expriment librement constitue en lui-même un démenti cinglant à leurs allégations », a-t-il poursuivi. Ce jeu de faux-semblants et de non-dits a abouti à un paradoxe : jusqu’à présent les seules personnalités a s’être ouvertement démarquées des grévistes sont les opposants institutionnels. Selon Ahmed Inoubli de l’Union démocratique unioniste (UDU), l’action « relève de la surenchère sordide et du concours d’un agenda étranger ». Une déclaration reprise par la télévision nationale qui évoquait pour la première fois mercredi soir une grève couverte depuis son début par les chaînes d’informations arabes satellitaires.
Nota Bene : Cette version mise en ligne à 11h01 corrige et remplace le première version diffusée à 08h00. Une erreur s’est glissée dans la livraison papier du journal. Le journaliste et la Rédaction annoncent que le quotidien apportera demain un correctif à cette bévue. "leur mouvement ne fait pas l’unanimité parmi les défenseurs des droits de l’homme" s’est glissé, maladroitement, dans le chapeau, sous le titre, à la place de : "leur mouvement est contesté par l’opposition dite institutionnelle", plus dans l’esprit de l’article et la réalité des faits. (NDLR, AW Hani) |