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Au nom de Dieu le Tout Puissant, le très miséricordieux
A tous les défenseurs des droits de l’homme
Objet : Les déplorables conditions d’incarcération de mon fils Abdelbari Elayeb à la prison du 9 avril
Son annonce d’une grève de la faim de protestation
De la part de son père, moi, Abdelhamid Elayeb
Mon fils, Abdelbari Elayeb, âgé de 25 ans, est arrêté depuis près de trois mois, soit depuis le 20 avril 2005, inculpé officiellement d’infraction en relation avec le terrorisme. Nous avons connu toutes sortes de tourments durant cette période. Le jour dit, des personnes en civil sont venues à la maison, qui se sont présentées comme des amis de notre fils et l’ont emmené, pour nous révéler ensuite qu’ils appartenaient à la Sûreté. Ils l’ont relâché le jour même, mais le soir, ils l’ont interpellé une seconde fois et relâché à nouveau. Rebelote le jour suivant, qui était le jour du Mouled. Ils l’emmenaient souvent pour enquête et le relâchaient. Dès qu’il arrivait à la maison, ils étaient à nouveau à ses trousses pour le reconduire au poste.
Lors de l’enquête, il a reçu des coups, dont les traces étaient évidentes au niveau du visage et sur le corps, des gifles et des coups de pieds ; il a subi des pressions psychologiques et nerveuses. Son visage était devenu jaune (...).
Cela a beaucoup perturbé toute la famille, entraînant des complications de santé qui nous ont obligés, sa mère et moi-même, à un suivi médical, d’autant que nous étions atteints de maladies chroniques.
Dans la nuit du 24 avril 2005, ces mêmes personnes se sont présentées à dix heures du soir et l’ont emmené vers une destination inconnue. Ils n’ont rien voulu savoir de nos questions et suppliques, nous voulions connaître au moins le lieu où il était ou la partie responsable de l’enquête.
A chaque fois que nous avons tenté de joindre le poste de police, on a refusé de nous communiquer la moindre information et on nous a enjoint de le chercher ailleurs.
Nous avons appris par la suite qu’il avait été conduit le matin du 25 avril 2005 au ministère de l’Intérieur à Tunis où l’enquête s’est poursuivie. Notre fils n’a pas pu nous dire tout ce qu’il avait subi, soit par peur, soit par déférence envers nous, pour nous rassurer. (...)
Pendant onze jours, nous n’avons rien su à son sujet. Il n’a pas pu se changer, jusqu’à ce que deux agents de la Sûreté se présentent à la maison, ne prennent le numéro de ma carte d’identité et ne me disent ni plus ni moins que « Votre fils est arrêté », refusant d’ajouter quoi que ce soit, en dépit de nos questions.
Nous avons su par la suite qu’il s’agissait là d’une information officielle, inaugurant la procédure légale. Notre fils a été privé des garanties élémentaires prévues par la loi, comme la présence d’un avocat lors de l’instruction.
Nous avons finalement pris contact avec le juge d’instruction auprès du Tribunal de Première Instance de Tunis, et obtenu un permis de visite. Nous avons pu le voir pour la première fois depuis son arrestation à la prison civile du 9 avril de Tunis. Il était dans un état épouvantable en dépit de la fermeté qu’il affectait par égard pour nous.
La Sûreté de l’Etat qui avait mené l’enquête l’a contacté à deux reprises à la prison du 9 avril, pour l’informer que s’il ne s’en tenait pas à ses déclarations signées sous la torture et la contrainte et non lues, ils pourraient le faire revenir au ministère de l’Intérieur, perspective qui le hantait en permanence. Ne parlons pas de sa situation à la prison civile. Il était confiné dans une cellule d’une contenance de soixante personnes, mais qui abritait plus de cent quarante récidivistes et criminels.
Il a longtemps dormi à même le sol (sur le « tas »), puis a exigé un lit et l’a obtenu après avoir rencontré un responsable à maintes reprises.
Il est en butte aux harcèlement et autres provocations des prisonniers de droit commun, qu’elles soient verbales (blasphème, insultes) ou physiques (violences) sans parler des conduites immorales dont la cellule est le théâtre, et des humiliations perpétrées par les prisonniers, qu’on feint d’ignorer.
Toutes ces pratiques l’ont épuisé psychologiquement et nerveusement et il a annoncé le 24 juillet 2005 qu’il commençait une grève de la faim de protestation, et pour que lui soient garantis les droits élémentaires prévus par la loi.
Remarque : tout cela vaut aussi pour ses pairs de la cellule concernés par la même affaire : Nader Ferchichi et Mahjoub Zayani. C’est un appel de leurs familles à toute personne concernée par la défense des droits de l’homme.
Abdelhamid Elayeb, père de Abdelbari Elayeb
Tijani Ferchichi, père de Nader Ferchichi
Mabrouk Zayani, père de Mahjoub Zayani
(traduction d’extraits ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT) |