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Tunis, le 17 Avril 2005
APPEL
A toutes les Organisations humanitaires
A tous les militants des droits de l’homme et de la liberté d’opinion
A toutes les personnes qui combattent pour que la justice règne dans ce monde.
C’est un appel de détresse que je lance dans l’espoir de trouver quelqu’un qui puisse m’aider à sauver mon fils unique qui vient d’être condamné à trente ans de prison pour des délits qu’il n’a jamais commis et qu’il a pourtant reconnus sous la torture dans les locaux du ministère de l’intérieur.
Mon fils a été jugé dans le même procès que douze autres jeunes dont six ont été condamnés à trente ans de prison et à une amende de 30.000 Dinars (Affaire n° 8847/05 du tribunal de 1ere Instance à Tunis).
Il a été condamné conformément aux dispositions de la loi 2003-75 du 10/12/2003 loi de lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent, suite à une arrestation qui a duré une année, un procès qui s’est déroulé en quinze jours et dont le jugement a été rendu le 05/04/2005 en l’absence des détenus et sans plaidoiries.
Mon fils Mohamed Amine Hedhly est né en 1980 après cinq ans de mariage et d’attente et suite au décès de mon premier enfant. C’était donc un enfant désiré : il a été choyé et suivi de très près sur tous les plans. J’ai tenu a en faire un enfant idéal : bien éduqué, cultivé, sociable et surtout équilibré. Je me suis pliée en quatre pour lui fournir tout ce dont il avait besoin.
Dès son jeune âge, et en parallèle avec ses études, je l’ai inscrit au club d’enfants pour qu’il apprenne à côtoyer les autres et à vivre en société, au conservatoire pour qu’il ait des connaissances musicales et un sens artistique, au club de natation pour qu’il ait une bonne condition physique et une belle carrure, au jardin d’enfants coranique pour qu’il apprenne le Coran et c’est ce qu’il a fait pendant un certain temps.
Je n’ai jamais rien fait pour lui imposer quoi que ce soit, je n’ai fait que veiller sur lui et le conseiller. En un mot, j’ai été une mère poule pour mon fils et je l’ai suivi pas à pas. Aux yeux de tous, mon fils était un enfant modèle, tant par son éducation que par sa sympathie et son humour.
Suite à sa réussite au baccalauréat, il a été orienté vers l’école supérieure agricole de Mateur, choix qu’il a refusé, et suite à une demande de réorientation, il a opté pour l’école des beaux arts de Tunis où il a suivi ses études jusqu’à la quatrième année et jusqu’au jour de son arrestation c’est à dire le 3 Avril 2004.
Il est à remarquer que durant les mois d’Avril et Mai 2003, mon fils s’est rendu en Syrie pour y obtenir un diplôme reconnu par les autorités Syriennes ainsi que par le ministère des affaires étrangères et il est retourné en Tunisie pour reprendre ses études. De plus il a suivi une formation en informatique en Tunisie et a obtenu un diplôme. Il a donc essayé de se trouver une situation qui lui permettrait d’avoir son autonomie en attendant le CAPES (Certificat d’aptitude professionnelle) qui ne serait ni évident ni proche.
Mon fils s’est rendu en Syrie pour une raison bien déterminée et il est rentré en Tunisie tout de suite après. Serait-il logique de traiter de terroristes tous ceux qui se rendent en Syrie ? De plus mon fils s’y est rendu avant la promulgation de la Loi du 10/12/2003 et la loi ne peut pas avoir d’effet rétroactif.
En un mot, mon fils n’a rien à voir avec le terrorisme ; C’est un artiste. C’est pourquoi j’implore toutes les personnes, quelles que soient leurs tendances, qui pourraient m’aider de n’importe qu’elle manière à surmonter cette peine qui a affligé toute la famille et tous les amis et de rendre justice à mon fils qui a été condamné injustement pour un crime qu’il n’a jamais commis.
Avec mes remerciements anticipés
Madame Hedhly Fathia |