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Mohamed SIHADDOU - La liberté d’opinion et d’expression est une cause commune à tous les êtres humains. Les défenseurs de la liberté d’expression et de la liberté de la presse ne connaissent pas de frontières et forment une même famille dans laquelle le Chinois, l’Iranien et le Marocain, se retrouvent mutuellement solidaires dans leur combat.
Nous avons besoin que partout dans le monde, dans chaque ville, chaque village et chaque quartier, des associations s’organisent pour mener le combat pour la liberté d’expression.
Le climat qui règne actuellement au Maroc fait réellement craindre le pire quant au traitement de la question de la liberté d’expression et de la presse. Au-delà des personnes, le traitement judiciaire et « politico-médiatique » de la liberté d’expression et de la presse au Maroc révèle un malaise et un mal très profonds. Nous sommes entrés de plein pied dans cette nouvelle réalité, celle qui consiste à renchérir sur le climat de peur en brandissant l’épouvantail du terrorisme, de l’instabilité et du complot étranger pour justifier la diffusion de toutes sortes de « raccourcis » et de réalités tronquées.
Nous vivons une époque où le débat de fond pluraliste sur les questions nationales est absent, où la passion l’emporte, où l’on peut mentir et dénigrer sans vergogne et où finalement la surdité s’installe. On ne se questionne plus, on n’écoute plus l’autre et on pousse le citoyen à ne chercher qu’à confirmer ses peurs et ses suspicions ou à justifier son rejet de l’autre.
On ne peut qu’être stupéfait et consterné devant la banalisation, au Maroc, d’un déclin idéologique du débat public entre partisans politiques reconnus par leurs pairs, ou supposés tels. Ce déclin de la discussion politique dominée par des passions politiques intellectualisées, consiste à substituer la dénonciation et le dénigrement à l’argumentation rationnelle, ou tout simplement à « excommunier » tout opposant de la citoyenneté.
En perpétuant ces pratiques médiatiques dans des répertoires certes différents, certains jouent un jeu des plus dangereux. Les discours établis et les semblants de débats orchestrés diffusent l’idée que la suspicion à l’égard des citoyens est légitime. Le patriotisme étant utilisé comme une catégorie polémique d’amalgame visant en réalité à délégitimer ou disqualifier tel ou tel individu jugé politiquement suspect.
Je ne partage pas vraiment certaines tribunes qui jouent le rôle de procureur du roi ou de ministère public quand aux traitements de certaines opinions publiques. Ce n’est pas un traitement juridique ou de répression qu’il faut pour faire face à ces opinions, mais bien évidemment un traitement intellectuel et de conviction puisque leurs auteurs eux-mêmes classent leurs propos dans le cadre académique et intellectuel.
Ce qu’il faut manifestement, ce n’est pas l’injure ou le dénigrement, mais le discours critique en général, ou du moins un certain type de discours bien fondé. Les discours établis et conformistes de l’establishment n’ont pas lieu d’exister encore à notre époque. Pourquoi ce paradoxe : Est-ce le fait qu’une certaine élite est restée trop longtemps dans une position dominante ou unique ? Toujours est-il qu’elle semble avoir perdu toute habitude du débat contradictoire et de la réalité d’aujourd’hui.
Cette phobie de la discorde est très répandue au Maroc ; on ne peut plus, par les temps qui courent, s’interroger sur le caractère fondé d’une politique, sans se voir accusé de « terrorisme intellectuel ». On arrive à ce paradoxe au nom de l’intérêt national. Certaines opinions sont écartées avant même d’avoir été entendues et réfutées. Au nom de la « dictature du politiquement correct » on voit se mettre en place un véritable chantage, qui peut se résumer ainsi : c’est que vous êtes un « délateur », un « renégat », un « anti-patriotique » ou tout simplement un « traître ».
Comment comprendre la condamnation d’Ali Lmarabet à 10 ans d’interdiction d’exercer le journalisme, pour avoir simplement déclarer que les « séquestrés » de Tindouf sont des « réfugiés ». Dans ce cas, il faut intenter des procès aux différents organes de presses internationales et certaines organisations internationales qui disent pire. Bien sur, la justice est souveraine et ses décisions ne se discutent pas.
Nadia Yassine dit que ses déclarations s’inscrivent dans un cadre académique et intellectuel et à mon avis il faut tout simplement être disposé à débattre avec elle. Moi, je l’ai fait dans mon article « La république de Platon et celle de Nadia » et j’ai signé « l’appel citoyen » même si je ne partage pas totalement ce qui a été écrit dans le manifeste.
Je suis contre la poursuite de ces personnes devant la justice parce que leurs propos demandent simplement un traitement intellectuel et non juridique. A vous mesdames et messieurs les tribuns des différents organes de presse nationale d’argumenter et de convaincre avec votre plume comme vous le faites si souvent pour différents sujets et avec beaucoup de talent. On peut continuer à vociférer contre des individus transformés en symbole d’une réalité politique qui gêne. Vous pouvez certes continuer ainsi à tromper et à vous tromper, en supposant qu’en s’acharnant sur certaines personnes on finit par transformer cette réalité. Il faudra bien un jour que vous commenciez à faire appel à votre conscience du citoyen et faire votre travail plus honnêtement. On peut s’acharner sur une personne, mais on ne peut pas indéfiniment s’acharner contre les évidences de notre siècle.
J’espère q’un jour la justice tranchera en faveur de la liberté d’expression et donnera à la liberté de la presse sa raison, malgré la gravité et le caractère manifestement provoquant tenus par certains opposants. Il faut que la justice, la vraie vitrine de la démocratie, donne un message clair à la communauté internationale et surtout à l’ancienne garde, que le Maroc est engagé sur la bonne voix, la voix de la démocratie, de la liberté d’expression et des droits de l’homme. En analysant certaines positions citoyennes ces derniers temps, et ce malgré la pensée unique, tout laisse à penser que des changements de mentalité sont en cours. En effet, à travers des actions de la société civile, il semble qu’une dynamique de changement soit bien amorcée.
Mohamed SIHADDOU
25/06/2005 |