Remaniements en cascade : Sénat, Gouvernement, Conseil Economique et Social, RCD...
Le tortionnaire en chef Abdallah Kallal "élu" au poste dangereux de Président de la "chambre haute" avec un possible rôle de succession intérimaire à la tête de l’Etat. C’est un cas prévu, nommément par la loi (...), lorsque la vacance définitive au sommet de l’Etat coïncide avec la dissolution de la "chambre basse" (Art. 57 nouveau de la "Constitution de la République de demain", de mai 2002).
Le propagandiste en chef, Abdelwahab Abdallah prend le contrôle des Affaires Etrangères. Le Chaouch Ali les Affaires sociales, la Solidarité et les Tunisiens à l’étranger. Kamel Morjane quitte le Haut Commissariat aux Réfugiés et fait son entrée, peu glorieuse, au gouvernement à la Défense nationale ! Dali Jazi sort de nulle part au Palais pour succéder à Kallal. M’henni quitte le gouvernement pour entrer peut être demain à la tête du "Rassemblement"...
Les hommes de main de Ben Ali contrôlent la "Chambre Haute" :
Tout a commencé hier mardi 16 août 2005, au beau matin, à la "Maison" du RCD, le parti au pouvoir, Avenue Mohamed V à Tunis. Les futurs "Sénateurs" du RCD, de la "Chambre Haute", celle des "Conseillers", étaient réunis en présence des membres du Politburo. A leur tête le Colonel déchu Mohamed Moncef Matri, tête de liste des Sénateurs "élus" sur le contingent politique, qui représente le tiers de la Chambre, celui du RCD, le parti du Président. Le tiers suivant, celui du Président, était aussi présent. Le dernier tiers, amputé de son tiers, représentant le tiers Etat, celui des Travailleurs. Ce dernier tiers, moins le tiers, était aussi présent. Il représente les organisations de masse, affiliées au Parti du Président. comme le veut la tradition..
Les "Sénateurs" du RCD ont fait connaissance. Puis ils ont entendu le dernier discours du Chaouch Ali, à la tête de la Chaoucherie centrale du parti, après l’avoir infesté de ses clients et amis, comme l’a fait d’ailleurs avant lui Chadhli Naffati.
Avant de se rendre au siège de leur "Chambre Haute" et encore réunis à la "Maison" de leur "Rassemblement", les "Sénateurs" ont entendu, tous sages, comme des écoliers, l’idéologue en chef du Parti et de l’Etat, le ministre délégué Zouhaïr M’dhaffar. Ce dernier s’occupe, dans les apparences, de la Réforme de l’Etat. Sa vraie fonction est de réfléchir, comme un commis penseur des services de l’Etat. Une aberration pour la réflexion mais c’est comme cela.
Et ce depuis qu’il était à la tête des "cellules de réflexion" du "Rassemblement", puis de celle de "l’Institut des Etudes Stratégiques", du Pésident. M’dhaffar, juriste de formation, est "héritier nostalgique" d’une grande tradition intellectuelle qui a chuté, à la fin du siècle dernier. L’ancien "révolutionnaire" s’est alors reconvertit et a juré de réussir où ses idoles du Soviet suprême ont échoué. Il a juré de convertir la Tunisie tout entière en un petit modèle sur lequel règne un petit Staline, le même Staline qui pullule encore dans la tête du ministre de la réflexion. Une de ses trouvailles : la "Chambre Haute", avec trois tiers, celui du Petit père du peuple, puis celui du parti du Petit père du peuple, puis deux tiers du dernier tiers des "organisations de masse" du parti du Petit père du peuple. Quitte à ce que les nombreuses contorsions font que les seuls représentants du vrai peuple, le dernier tiers du tiers dernier, en sont exclus. D’ailleurs, ils l’ont choisi, martèle encore hier, le Ministre de l’embrigadement de l’esprit.
Arrivés à leur "Chambre Haute", les "Sénateurs" ont "élu" le tortionnaire en chef Abdallah Kallal, homme de main, une sorte d’aide de camp "civil", de l’actuel Président. Il a servi sous ses ordres, à la Défense, à l’Intérieur, à la Justice, à nulle part, à l’Intérieur, puis à nulle part. Après s’être enfuit de Genève suite au mandat d’amener à son encontre pour crimes de tortures, le Palais l’a nommé à titre rétroactif, Ministre Conseiller au Palais ! Puis au Conseil Economique et social. Mais il est resté depuis toujours Trésorier, à la caisse de son parti, le RCD...
Avant de partir, les "Sénateurs" ont encore "élu" un autre homme du Président, Makki Aloui, au poste de premier vice-président, puis une femme, comme le veut la tradition, mais toujours une femme parmi les hommes du Président, Naziha Zarrouq (Zarrouk comme le veut l’orthographe officielle), au poste de deuxième vice-président, de leur "Chambre Haute", dernière trouvaille des services de réflexion, au service de la clientèle du Président.
Mais contrairement aux précédents diagnostics, l’actuel chef de l’Etat a réussi à imposer ses hommes, Kallal, Aloui et Madame Zarrouk, aux postes clefs de la "Chambre Haute". Le copain de promotion du Général et ancien conjuré du coup d’Etat avorté de 1962, le Colonel déchu Mohamed Moncef Matri, père du plus jeune des gendres présidentiels. Reste à savoir si la femme du Président et son imposante tribu (Trabelsi) aura la capacité de contourner les dernières manoeuvres de son mari de Président.
Les "Sénateurs" ont chargé dix de leurs collègues, pour rédiger le "Règlement Intérieur de la Chambre". Aucun nom n’a été cité. Mais tous les "sages" de la dictature s’y trouvent. Une sorte de cénacle où trônent les généraux Ammar et Bouaziz, le premier a réalisé le coup d’Etat de novembre 1987, pinces et mitrailleuses à la main, le second a révolutionné la "justice militaire", dit-on !!! Se cache tout juste derrière le colonel comploteur Matri, condamné à une peine capitale commuée par feu Habib Bourguiba en une peine à réclusion criminelle à perpétuité, puis gracié par le même Bourguiba, avant d’être réhabilité, blanchi et lavé par son ami, le lieutenant-colonel Ben Ali. Arrive après, le comploteur de toujours et serviteur civil des militaires, l’ancien Premier Ministre Baccouche. Puis derrière, loin derrière le dernier Premier Ministre civil de l’autre République, celle de Bourguiba, le vieux Rachid Sfar, celui qui avait assuré la passation de pouvoir au général Ben Ali, en octobre 1987, quelques jours avant que ce dernier réclame l’ensemble du pouvoir...
Au gouvernement : des départs, des limogeages, des promotions, des entrées
Le début :
Tout a commencé le 19 juillet, lorsque Raouf Najjar fût nommé Ambassadeur à Paris pour taire les rumeurs. Le 21, quarante huit heures après, il assistait au Conseil des Ministres et prenait même la parole en ses qualités de Ministre de l’Education et de la Formation ! Athlète et sportif, Najjar ne manquait pas de battre les records et de signer des exploits. Il a réussi le pari d’être à la fois Ministre et Ambassadeur du 19 juillet au 17 Août, soit un mois.
Parce que la règle veut que dès qu’un Ministre quitte le gouvernement, un autre membre lui succède par intérim, même pour deux ou trois jours. Souvent c’est le Secrétaire d’Etat ou le Ministre délégué auprès du même Ministre. Il y va du bon fonctionnement de l’action gouvernementale et de la continuité même de l’Etat. L’intérim devant être notifié par Décret et publié au Journal official d ela République. Dans le cas du champion Najjar, de rien n’était. Il cumulait, virtuellement, entre Tunis et Paris, son poste de Ministre avec ses lettres de créance d’Ambassadeur entre les mains. Et ce, pendant tout un mois...
La cause de ce non respect des règles réside dans la volonté de Carthage de punit, pour one ne sait quelle raison, l’intérimaire potentiel, aujourd’hui limogé : le Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Education et de la Formation, chargé de la Formation, Moncef Ben Saïd. Pourtant, ce Ministre connaît très bien son département et a été Ministre de la Formation pendant un certain temps, avant de rentrer dans le giron du Ministère de l’Education. Mystère, son limogeage et son départ aux oubliettes...
L’arrivée inattendue :
Ombre occulte du Président, son Conseiller Abdelwahab Abdallah, nommé Raspoutine Stayyech, fait une entrée inattendue au poste de Ministre des Affaires Etranges, premier des arrivés, selon l’ordre protocolaire lu sur TV7, la télé du Président. Mais aucun mot, aucun sur le sort de "l’intellectuel" Abdelbaki Hermassi, celui qui a vendu les lettres de noblesse de la culture tunisienne et qui a trahit sa mission d’intellectuel. Même pas la formule habituelle "il va être appelé à d’autres fonctions"...
Abdallah n’a pas d’expérience diplomatique, hormis un passage éphémère à Londres. Mais malgré tout, c’est lui qui assistait le Président dans tous ses déplacements à l’étranger et ses apparitions diplomatiques à l’intérieur solennelles. Au Sommets arabes de Tunis et d’Alger, c’est lui qui s’est assis tout juste derrière le chef de l’Etat sans qu’il n’occupe aucune fonction officielle dans les institutions de l’Etat. Des observateurs avertis l’ont aperçu au dernier Sommet africain, chez le Colonel Kadhafi, à Syrte !
Avec cette nomination, le Ministre Conseiller fantôme et ombre occulte de son Président, régularise sa situation. Reste à savoir si cette nomination est une promotion ou une mise en hibernation. AbAb, de son petit nom, est aussi connu pour ses connivences avec la femme du Président. Ses relations avec le plus long des titres et le plus ancien des Ministres, le Min d’Etat Ben Dhia, ne sont pas non plus au beau fixe.
Une chose est sûre ce soir, la diplomatie tunisienne prend un coup très dur et perd encore de son aura ou de ce qu’il restait de semblant de consistance. Un propagandiste fait déjà rire les diplomates de carrière, dont certains vont avoir une tâche très lourde, celle de corriger ses bourdes. Pauvres Ben Salem et Jammali, les deux Secrétaires d’Etat aux Affaires Etranges...
L’arrivée hors piste :
Quittant ses fonctions de numéro 3 du HCR (le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés), Kamel Morjane aura pu atterrir ailleurs qu’à la Défense ! Diplomate de carrière, ancien Ambassadeur, ancien fonctionnaire du HCR, ancien représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour le Congo, ce fils de Qantaoui Morjane, ancien Wali de Sousse, aurait pu ou même du atterrir à la tête de la Diplomatie. Sauf que peut être l’armée est appelé à jouer un quelconque rôle ou qu’un autre remaniement est en vu dans quelques mois pour propulser le copain du Président on ne sait où ?
Le Chaouch Ali quitte la Chaoucherie générale :
Suivant le parcours de son aîné et de son maître à penser, Ali Chaouch, le Chaouch général du parti prend les reines de la Solidarité et des tunisiens à l’étranger. Il suit ainsi le parcours de son ami Chadhli Naffati, du parti aux Affaires sociales. C’est vrai que le RCD ne fait plus que don le social depuis qu’il a été vidé de son âme politique...
Dkhil redonne vie à la Communication et aux relations avec les deux chambres :
Laissant son poste, pourtant fraîchement acquis, à Chaouch, Rafaa Dekhil redonne vie à un Département ministériel qui apparaît et disparaît au bon vouloir du Palais. C’était le fameux Ministère des Droits de l’Homme et de la Com. Il reprend vie, comme au jeu d’esprit, emuté des droits de l’homme !!!
Nouveau look à l’Education :
Korbi rétrograde du supérieur du supérieur, de la recherche scientifique au primaire et secondaire, à l’Education et la Formation. Il récupère le plus gros Ministère. Avec un nouveau Secrétaire d’Etat. Omar El Abed quitte les Ressources hydrauliques et la Pêche, pour la pêche d’autres ressources grises : la Formation. Abderrazzak Daäloul fait son entrée en remplacement de El Abed.
L’Université 7 Novembre (...) donne son Premier Ministre au 7 Novembre :
Un autre scientifique, de l’Université 7 Novembre Carthage (...), Taïeb Hadhri succède à Korbi, à la tête de la Recherche scientifique, de la Technologie et du Développement des Compétences. Sans doute, celles du 7 Novembre, de Carthage...
Encore une mise à niveau du Tourisme :
Encore un nouveau Secrétaire d’Etat, Slim Tlatili, pour épauler le tout jeune Ministre du Tourisme et mettre à niveau le tourisme (...), sans toucher à Tijani Haddad...
Dali prend repmlace Kallal :
Il ne s’agit pas du peintre Dali, mais de notre ancien Ministre de la défense dans l’avant dernier remaniement, il y atout juste quelques mois. Dali Jazi prend la tête du Conseil Economique et Social.
M’henni attend d’atterrir :
Le communiqué de la l’agence TAP (Tunisie Afrique Presse), cloné partout, ne dit rien sur l’ancien Ministre de la Défense, ancien de la Santé, ancien de l’Intérieur, ancien de la Recherche scientifique, ancien du Planning familial, ancien Médecin dans le social et l’humanitaire.
Hédi M’henni s’apprête selon toute vraisemblance à connaître deux avenirs proches, dès les prochaines heures.
Le premier futur M’henni possible : Prendre le contrôle du Parti. Le débarrasser de la culture chaoucharde et moucharde, tout en le liant à jamais à son Commandement Général à Carthage.
Mais la nomination de M’henni doit encore prendre quelques heures ou quelques jours, pour faire croire que l’Etat et le Parti sont deux distinctes choses. Et puis il y a l’épineux problème du Chaouch à régler. Selon une récente règle décidé par Carthage, seuls siègent au Politburo, le Premier vice-président Karoui, le deuxième vice-président Ghannouchi, s’il est encore là demain, le Secrétaire général, le Trésorier, le Président de la Chambre Basse et puis le Ministre d’Etat, le Ben Dhia, Ministre de tout et rien.
Le Politburo est une sorte de torchon, à géométrie, à composition et même au nombre variable, selon l’humeur et le bon vouloir du Président. Tantôt 7, 8, 11, 13, 15, 16, 7, puis on ne sait jamais. D’ailleurs il ne sert à rien ce "machin". Même le réduire à "zéro" membres, le Président est bien capable.
Mais au cas où Carthage décide de garder encore ce "bureau" pour poser encore quelques affaires, il y a des choses qui risquent de bouger.
Le deuxième futur M’henni possible : Prendre la tête du Gouvernement, sans tête, ni queue d’ailleurs, selon les usages instaurés par l’actuel Président.
Carthage a pris l’habitude de sortir deux décrets à chaque changement de Gouvernement, de Premier Ministre s’entend. Le premier annonçant les nouveaux membres. Le second, le nom de celui qui va "diriger" le gouvernement déjà nommé. Mais il est vrai qu’il y a quelque chose de différent ce soir. Avec l’arrivée de Ghannouchi, Mohamed pas Rached, le premier décret énumérait déjà l’ensemble des membres du Gouvernement "qui devient comme suit", disait alors la TAP.
Ainsi s’ouvre le bal des remaniements :
Une chose est sûre ce soir. Ben Ali a voulu adresser un message de fermeté, en disant que c’est bien lui qui gouverne, vis-à-vis du gouvernement de la République, mais aussi vis-à-vis de la tribu de sa femme. Il nomme ses hommes où bon lui semble et immunise les institutions sensibles. Il ouvre aussi les voies de garage pour ses anciens collaborateurs jugés peu sûrs, pour leur barrer la route des mauvaises idées, de songer à devenir ou redevenir opposants...
Reste que rien n’est prévisible pour un prisonnier de son système et de son bunker et "qui a la tête de quelqu’un qui s’ait que c’est arrivé mais qui ne sait pas comment ni quand cela va se terminer".
Paris - Orléans
le 17 août 2005
Abdel Wahab Hani
awhani@yahoo.fr |