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Les chrétiens de Bagdad ont célébré la messe de Noël vendredi en fin d’après-midi sous haute sécurité dans une ville où les membres de cette communauté se sentent de plus en plus menacés par la violence et la montée de l’intolérance. Des voitures de police, postées de chaque côté de la rue, bloquaient l’accès des voitures à l’église de l’Assomption de la Vierge Marie dans le quartier résidentiel d’Al-Mansour, au centre de Bagdad. Des blocs de ciment et des fils barbelés scellaient hermétiquement l’accès par un autre tronçon de rue. Des policiers et des agents de sécurité privés, armés de fusils et de pistolets, scrutaient le passage des rares fidèles venus assister à la messe en dépit de la crainte d’attentats. Près de 80 personnes seulement, de tous les âges, s’étaient rassemblés dans l’église, où l’autel étaient recouvert de nappes rouges et trônait un petit sapin artificiel de Noël. Depuis la chute du régime de Saddam Hussein, en avril 2003, les chrétiens ont été visés par plusieurs attentats, dont quatre à Bagdad et Mossoul (nord) faisant au moins 10 morts en août. Mi-octobre, des bombes artisanales ont explosé près de cinq églises de Bagdad, sans faire de victime. "Inchallah (si Dieu le veut), cette fête sera la dernière du temps de la douleur qui dure depuis trop longtemps", dit le père Andreas Abouna dans son message de Noël. "Je présage que la paix règnera et je prie pour qu’un dialogue s’instaure entre toutes les couches de la société car, en l’absence de dialogue, nous ne pourrons bâtir notre pays", poursuit-il. "Le monde a aujourd’hui besoin de dialogue et de solidarité fraternelle entre toutes les religions", souligne le père Andreas. "Que Dieu vous garde de tout mal", souhaite-t-il à ses fidèles qui répondent "Amen" en choeur. Mgr Emmanuel Delly, le patriarche des chaldéens, qui constituent la majorité des chrétiens d’Irak, a décidé cette année d’annuler les messes du 24 décembre au soir pour "protester contre les attaques" qui ont visé la communauté chrétienne. Les rares messes célébrées vendredi se sont tenues plus tôt, à 17h00et celles du 25 décembre auront lieu normalement le matin. Faute de se rassembler pour la messe de minuit, père Andreas a invité ses fidèles à se réunir "en une seule âme" autour des chaînes satellitaires chrétiennes qui diffuseront en direct la messe célébrée par le pape Jean Paul II à Rome. "Non, je n’ai pas peur de venir", affirme Ghazwan Nabih, du haut de ses quinze ans. "Le Christ nous protège, rien ne peut m’arriver", ajoute cet écolier qui a parcouru plusieurs kilomètres à pied pour se rendre à l’église. Les chrétiens d’Irak représentent environ 3% de la population, soit quelque 700.000 personnes sur un total de 24 millions d’Irakiens, majoritairement musulmans. "Malgré les menaces, nous avons tenu à venir, mon mari et moi. Je ne laisserai pas des terroristes m’intimider et m’écarter de mon devoir religieux", lance fièrement Maha, une avocate d’une cinquantaine d’années. "Nous sommes habitués à traverser des situations difficiles et à surmonter la terreur. C’était le cas sous Saddam (Hussein, le président irakien déchu, ndlr) et pendant toutes les guerres que nous avons vécues", ajoute son mari Safwan. "Le Christ est Le Sauveur, il nous sauvera", lance Maha avant de s’éloigner.
Agence France-Presse 24 - 12 - 2004 |