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Les chefs religieux musulmans au Danemark ont lancé un pavé dans la mare à quelques jours des élections législatives du 8 février, s’apprêtant à recommander à leurs fidèles de "voter juste" pour des partis qui "respectent les immigrés" et "veulent le retrait des troupes danoises d’Irak". Cette immixtion de la religion dans la politique suscite un débat controversé dans ce royaume "chrétien" selon la Constitution. Le chef du gouvernement libéral, Anders Fogh Rasmussen, a été le premier à mettre en garde les imams du royaume : "au Danemark, la religion et la politique sont séparées et il serait très, très déraisonnable si les leaders religieux recommandent à leurs ouailles de voter pour des partis politiques déterminés". "Les pasteurs n’utilisent pas la chaire de l’église pour faire de l’agitation politique. Les imams ne devraient pas le faire non plus", a-t-il dit. Mais le porte-parole de la communauté religieuse musulmane, Kasem Said Ahmad, défend "le droit pour les imams de se mêler de politique, en tant que citoyens de ce pays et non comme religieux". Les 25 imams du pays se réunissent le 3 ou 4 février "pour appeler les électeurs danois de confession musulmane, qui votent peu, à faire leur devoir civique, et à soutenir les formations et candidats d’opposition de centre-gauche qui défendent les droits des immigrés et veulent le retrait des (525) soldats d’Irak", a-t-il déclaré. Manifestant son incompréhension face aux attaques du Premier ministre, Hamid El-Mousti, un Danois d’origine marocaine, élu au conseil municipal de Copenhague, constate que "c’est un leurre de dire que religion et politique sont séparées. Le Danemark n’est pas un pays laïque. Le gouvernement a un ministre du Culte, qui est pasteur de surcroît, et au parlement nous avons depuis 1973 un parti chrétien-démocrate qui défend les valeurs chrétiennes". En déconseillant de voter pour les partis libéral et conservateur au pouvoir, les imams manifestent leur opposition à sa politique d’immigration, qu’ils jugent "ultra restrictive", et sa dépendance à l’égard du Parti du Peuple danois (PPD, extrême droite) qui mène depuis sa création en 1995 une croisade contre l’islam. Les imams ont été également choqués par les libéraux qui avaient décerné en novembre dernier le "Prix de la Liberté" à la députée néerlandaise d’origine somalienne Ali Hirsi, auteur du scénario du dernier film du réalisateur assassiné Théo van Gogh sur la soumission des femmes dans l’islam, qu’ils considèrent blasphématoire envers le Coran. Cependant le parti social-démocrate, la plus grande formation d’opposition, a rejeté ce soutien des religieux musulmans, "déplorant profondément qu’ils se mêlent de politique". "Ceci montre qu’ils n’ont rien compris à ce que veut dire vivre dans une société démocratique", a estimé Anne-Marie Meldgaard, son porte-parole. Mais pour un député du parti socialiste du Peuple (opposition), Kamal Qureshi, "le gouvernement doit balayer devant sa propre porte. Il mêle politique et religion en ayant en son sein un ministre du Culte, et en sachant pertinemment que le PPD, son soutien parlementaire, a dans ses rangs deux députés qui sont pasteurs et n’hésitent pas à faire des discours politiques au parlement et à l’église pourfendant l’islam" qu’ils qualifient de "religion terroriste". L’islam est la deuxième religion au Danemark, après l’église évangélique-luthérienne, avec 170.000 personnes de confession musulmane (3% de la population de 5,4 millions d’habitants). Le PPD, troisième parti du parlement, a bâti sa popularité dans l’électorat sur sa politique anti-immigrée axée notamment sur les musulmans. "Le terrorisme a ses racines dans l’islamisme" résume son leader Pia Kjaersgaard, dont l’ appréhension à l’égard des musulmans est partagée par une frange de la population. Et l’idéologue du parti, l’eurodéputé Mogens Camre d’estimer que "les musulmans mettent au monde trop d’enfants. Ils n’ont pas du tout de possibilités de vivre dans leurs propres pays arriérés qui ne produisent presque rien. Alors ils ont décidé de conquérir l’Europe non avec des chars, mais avec des landeaux".
Agence France Presse 31 - 01 - 2005 |