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Après la crise du CNLT, voici une autre crise qui pointe son nez : la crise de la LTDH. D’autres suivront sans aucun doute à fur et à mesure que l’échéance d’Octobre 2004 approche. Ces crises orchestrées ou réelles, peu importe, reflètent un réel malaise dans les structures de nos associations tunisiennes, et plus largement dans les structures politiques appelées partis d’opposition.
Normalement, dans une démocratie digne de ce nom (voir pour cela la définition d’une démocratie [1]), les ONG travaillant pour les Droits de l’Homme doivent être apolitiques. Elles doivent travailler en toute indépendance et sans aucune pression extérieure. Hélas dans le monde que nous vivons aujourd’hui, le mot démocratie a été travesti et partout dans le monde ce genre d’associations flirtent avec les pouvoirs gouvernementaux et sont très dépendantes des politiques, du moins financièrement quand ce n’est pas pour d’autres raisons plus obscures.
En Tunisie, on n’échappe pas à la règle. Le cas est même désespérément pire puisque le monde politique et le monde associatif s’entremêlent dangereusement aux dépens des vraies causes humanitaires. On ne sait pas qui roule pour qui. On ne sait pas si ces associations défendent des individus ou des partis. On ne sait pas si ces associations se battent pour des valeurs ou pour des idéologies. On ne sait pas non plus si les partis politiques s’appuient sur ces structures pour améliorer l’efficacité de leur combat contre la dictature ou bien ils trustent les postes pour affirmer leur dominance sur la scène politique. Tout cela n’est pas sain. Mais tout cela est connu, je n’invente rien. Ca fait malheureusement plus de 30 ans que cela dure. Beaucoup trop ! Tout cela au dépens du peuple bien entendu.
Alors, que y’a-t-il de changer aujourd’hui ? Rien. Pourquoi une énième réaction ? Cela mérite-t-il un article ? Je me suis posé longtemps la question avant d’écrire cet article. Et finalement je crois qu’il faut arrêter avec la langue de bois et il faut parler transparence. Il est plus qu’urgent de changer les mentalités car Octobre c’est pour bientôt. Alors de quoi s’agit il ? Je m’explique.
Comme le dit l’adage populaire en Tunisie : « كي إطيح إلبقرة تكثر إسكاكينها », c’est ce qu’on est en train de voir en ce moment avec l’affaire LTDH. Beaucoup se précipitent pour entonner le dernier coup de grâce. On se réjouit toujours quand il y a un homme à terre pour lui donner des coups de pied ! Quel courage au passage !
Je ne suis pas là en train de défendre des hommes ou des organisations. Je ne fais qu’un constat. Comme on dit : « il n’y a jamais de fumées sans feu ». Donc il est clair, et plus que certain, que les responsabilités dans cette affaire sont partagées et les dirigeants de la LTDH, comme toute autre association, doivent en tirer les conclusions. Je ne suis pas compétent pour le faire, je m’abstiendrai. Mais je suis sûr d’une chose : actuellement la LTDH mène un combat pour sa survie en réclament le déblocage [2] de l’argent kidnappé par le régime dictatoriale. Rien que pour cela, elle mérite un soutien car la dictature est notre adversaire à tous. Quand il y a en face la dictature, il ne faut pas réfléchir il faut une mobilisation sans faille, il faut le soutien de tout le monde indépendamment des jugements et des appréciations de chacun. Il faut sortir vainqueur contre la dictature, point. Et il sera toujours temps après de régler ses comptes ou de faire ses critiques (une manière encore plus civilisée). Et c’est cela le problème, l’opposition est incapable de réunir ses rangs. Et ça ne date pas d’aujourd’hui, c’est même le mal qui l’empêche d’avancer. Bref, un classique et ce n’est pas près de changer aujourd’hui. Quel gâchis.
La ruine de l’opposition c’est cette mentalité de l’entre déchirement. Les querelles intestines, les agressions mutuelles, la guerre sans mercis qu’on se livre entre bords différents. On invoque toujours que c’est la faute à la dictature, c’est refuser de prendre ses responsabilités et de regarder les choses en face que de proclamer sans cesse cela. La dictature ne fait rien en ce moment pour détruire l’opposition, l’opposition le fait très bien par elle-même. La dictature se contente de regarder, avec une certaine joie et satisfaction je présume, le spectacle lamentable qui est offert. Et elle compte les points. Une fois cette guerre larvée finie, il n’en restera pas beaucoup debout, et là elle n’aura qu’à faucher ce qui reste du cheptel. Et le travail sera d’autant plus facile, qu’avec l’opposition qu’on a il n’est pas sûr qu’il en reste un debout.
Il y a un temps pour tout comme aimait bien me le rappeler mon grand père (Allah yarhmou). Et aujourd’hui, je ne crois pas qu’il soit opportun de s’entre déchirer encore plus. Certains ne se rendent pas compte qu’ils font ainsi le jeu de la dictature. A quoi a servi donc le sacrifice de certains qui ont payé de leur vie pour leurs croyances ? A quoi a servi le combat de certains qui payent chèrement leur liberté d’expression et se sont trouvés emprisonnés et torturés ? Est-ce qu’il nous arrive de penser à eux, j’en doute. On reproche par-ci à certains d’être des dangereux islamistes sans en apporter la preuve, et par-là, de l’autre côté on reproche aux autres de défendre les leurs sans vouloir défendre les islamistes en généralisant à tout le monde comme d’habitude. Ce qui est faux et absurde.
Aux uns et aux autres j’ai envie de leur dire y’en a marre. Y’en a marre que vous preniez le peuple comme alibi, parlez en votre nom on n’a besoin d’être mêlé à vos mesquineries. Laissez nous tranquilles, dans notre solitude et notre désespoir. Laissez nous tranquille dans nos humiliations quotidiennes et notre clochardisation programmée. Parlez en votre nom car on ne partage pas votre mentalité. Foutez nous la paix.
Aujourd’hui certains ne veulent pas faire table rase du passé et se mobiliser derrière la LTDH parce qu’on lui reproche de faire la différence entre êtres humains classés en catégories. C’est choquant bien entendu ! Mais il serait temps de le faire après le sauvetage. Et je ne comprends pas comment on peut toujours critiquer sans jamais proposer. Que font les islamistes pour leurs frères en prison de plus que ces associations ? Rien. Arrêtons donc cette mascarade. Zouhair Yahyaoui a eu le courage d’écrire une lettre [3] à Rached Ghannouchi pour l’implorer de rentrer au pays pour confronter la dictature avec ses contradictions. Il a préfèré son exil doré plutôt que de se jeter dans la gueule du loup, comme il l’a répondu [4]. Et pourtant aujourd’hui il faut des hommes courageux à la situation. Et je ne crois pas que Monsieur Ghannouchi risque gros vu les soutiens dont il dispose, surtout de l’autre côté de la frontière, suivez mon regard. Sans sacrifices on obtient rien. Les êtres humains qui croupissent dans les geôles de l’horreur méritent meilleur sort. On reproche à la LTDH aujourd’hui de ne rien faire pour ces prisonniers, et plus largement à toute la gauche, mais que fait Ghannouchi pour eux. Meme pas un communiqué, meme pas un comité de soutien, rien. On ne demande pas d’aller affronter les lions dans la jungle mais juste un sentiment de soutien. Mais il n’y a pas que lui qui ne fout rien ! Beaucoup d’autres, et qui se permettent dans le même temps de critiquer les autres. Nous sommes tous inactifs, tous. Alors ce n’est pas la peine de jeter la pierre en face et de critiquer les autres de ne pas faire ce que nous devrions faire tous par nos mêmes. Je commence à croire l’idée d’un forumier du nom de Kacem qui préconise la dissolution pour faire avancer les choses. Ce n’est peut être pas si bête que ça. Mais qu’est ce que j’ecris là. Je ne voulais pas parler des choses qui fâchent. Je me disperse. Revenons à l’essentiel.
Aujourd’hui je suis attristé de voir sur le Forun TUNeZINE des voix s’élever contre la LTDH alors qu’elle traverse un moment difficile. Bien sûr qu’il faut la critiquer, bien sûr qu’il faut demander des comptes à ses dirigeants. Mais est ce que le moment est bien choisi ? Une seule question que j’ai envie de poser à ces personnes : et vous quel est votre bilan ?
Je suis triste pardonnez moi. |