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Il y a trois ans, Ali Saïdi était exhumé après une "disparition" de 18 jours : Un échec majeur de la société civile tunisienne
Début janvier 2002, police et "justice", appuyées dès le lendemain par une presse décidément bien informée, bouclaient l’affaire de l’ancien opposant Ali Saïdi dans une limpidité déconcertante : l’homme, déterré fin décembre 2001, était mort empoisonné par deux surs dans un très mauvais scénario hésitant entre le passionnel et le crapuleux. Les deux femmes incriminées sont jetées en prison et attendent leur procès en première instance, où elles sont condamnées à la perpétuité. En juin 2004, elles sont jugées en appel lors d’un procès expéditif. Et c’est Hédia Saïdi qui devait créer l’événement en clamant haut et fort qu’elle "n’avait pas tué !" Le procès est renvoyé à octobre 2004 pour voir la sentence confirmée par des juges visiblement très embarrassés.
Depuis le déclenchement de l’affaire, la société civile tunisienne est restée distante par rapport à une exécution qui ne voulait pas dire son nom, suivie par une cascade de disparitions des frères Saïdi, tous trois décédés en moins de six mois. C’est la vendetta la plus sanglante de l’histoire politique tunisienne moderne. L’apparente inconsistance de la victime, oscillant entre l’opposition et le pouvoir, a manifestement pris le pas sur toute autre considération. Cela est d’autant plus regrettable que nombre d’anciens amis du pouvoir avaient ressenti à un moment ou à un autre le besoin de s’en éloigner, de s’en affranchir... Nous en arrivons à un scénario de crime parfait : la victime supprimée par une implacable vengeance, des innocentes embastillées et des coupables à qui l’on refuse le statut de criminels. Durant trois années, ni la LTDH, ni le CNLT, ni les organisations internationales (hormis l’OMCT au début) n’ont daigné regarder cette déplorable affaire comme un crime d’État. Ce qui aura pour conséquence d’encourager l’État sur la voie du crime, au moment où le Maroc exorcise ses propres démons et fait face à son Histoire... En ce troisième anniversaire de la disparition d’Ali Saïdi, nous ne pouvons qu’éprouver beaucoup de peine pour ce militant mort plus d’une fois, avec un espoir de justice que la société civile tunisienne a considérablement réduit pour des raisons impossibles à comprendre. Ce qui est arrivé à Ali Saïdi aurait pu et pourrait encore arriver à n’importe lequel des détracteurs du général de Tunis, mais c’est le terrifiant silence des agneaux. Nous ne nous lasserons pas de rappeler le souvenir du défunt et d’exiger que justice lui soit rendue. Qu’il repose en paix !
Khaled Ben M’Barek, Coordinateur
Centre d’information et de documentation sur la Torture (CIDT - TUNISIE). Association de citoyens du monde pour le droit des Tunisiens à ne pas être torturés Membre du Réseau SOS-Torture de l’OMCT-Genève Comité d’honneur : M. Jacques François - Mgr. Jacques Gaillot - Dr. Hélène Jaffé Besançon, le 31 - 12 - 2004 - M. Gilles Perrault - M. François De Vargas - Président : Jean-Marc Métin Association Loi 1901 - 23, rue Brulard F25000 Besançon. France. Tél. - Fax : (33 3) 81 41 33 22 E-mail : cidtunisie@free.fr CCP N° : 6 458 94 X Dijon |