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En différé de Tunisie
14 octobre 2003
Il y a un an, disparaissait Léon Schwartzenberg

Le 14 octobre 2003, s’éteignait l’ami des causes justes Léon Schwartzenberg, à l’hôpital Paul Brousse, au service de cancérologie, qu’il avait fondé et où il menait depuis très longtemps la guerre contre le cancer. Ce cancer qui aura raison de lui, mais qui, certainement, ne perd rien à attendre.
Pour l’occasion, j’ai revisionné la cassette où je l’ai rencontré pour la dernière fois et où je lui avait proposé de faire partie du Groupe de Travail sur la Tunisie (GTT). C’était à l’occasion de la conférence de presse que j’avais organisé au nom du GTT pour le retour de Jean-François Poirier, expulsé de Tunisie...
Schwartzenberg souhaitait empêcher la destruction du peuple palestinien au nom du judaïsme. C’était une cause brûlante au vu de l’agressivité d’un certain sionisme maldif qui gagne dans la communauté juive de France. Au point d’agresser physiqumeent l’illustre cancérologue dans la rue..
Schwartzi fait partie de cette étoffe de personnages que l’on n’oublie pas ..
Puisse-t-il reposer sereinement, certain que les causes qu’il a défendues sont justes. Puisse sa mémoire être épargnée par les charognards...

Khaled Ben M’Barek
18 - 10 - 2004


Hommage à Léon Schwartzenberg
La mort d’un partisan

J’ai vu pour la première fois Léon Schwartzenberg quand mon ami Mondher Sfar avait organisé avec le MRAP une conférence de presse le lendemain ou le surlendemain de mon expulsion de Tunisie par Ben Ali, l’« ami personnel » de Jacques Chirac, le copain de Séguin, de Pasqua, de Delanoë et de Frédéric Mitterrand (il y aurait bien d’autres noms à ajouter), j’avais commis un crime de curiosité en me rendant à el Hamma de Gabès où de jeunes émeutiers avaient tenu en respect les forces de l’ordres pendant plusieurs jours et épouvanté les parrains de Carthage. Il était arrivé un peu en retard à la conférence, assez fatigué, il relevait tout juste d’une opération de l’épaule, il avait été brutalement renversé par une charge de C.R.S. alors qu’il manifestait pour les sans-logis. « La police de gauche cogne plus fort que la police de droite », m’avait-il dit. On s’est revu souvent par la suite pour obtenir des autorités de l’aide pour des opposants tunisiens, il était parmi les membres fondateurs du Groupe de Travail sur la Tunisie.
Léon a été en butte dans les dernières années de sa vie à toutes sortes d’attaques de la part de la communauté national-sioniste. Rika Zaraï, chanteuse et officier de réserve de Tsahal, mais plus connue encore pour avoir découvert que les bains de sièges constituaient une excellente thérapie d’appoint dans les traitements anticancéreux, voyait en Schwartzenberg une réincarnation du docteur Mengele comme elle l’avait audacieusement déclaré sur une antenne israélienne installée en France. Ça ne lui faisait ni chaud ni froid. Il avait une formule magique contre les accusations injustes : « Je les emmerde ». Quand je lui ai raconté que moi aussi je figurais sur les listes noires des mauvais hommes nourrissant des pensées antisémites, Léon m’avait dit de sa voix basse (il avait deux voix, une voix basse, presque expirante, et une voix « de ventre », comme il disait, pour les petits morveux) : « Tu les emmerdes. » C’est également ce qu’il avait répondu aux voyous qui avaient voulu l’expulser d’une commémoration de la rafle du Vel d’hiv et ce qu’il n’avait pas eu le temps de dire aux nervis qui l’avaient frappé à coups de pied en bas de chez lui.

Je l’ai accompagné en Palestine dans une mission improvisée plus qu’organisée par des droitdel’hommistes - il était sévère pour ceux qui défendent sans sérieux les causes sérieuses, il admirait les combattants de la bande à Baader, qu’il avait soignés clandestinement à Paris, parce qu’ils avaient « une organisation impeccable ». Mais il avait finalement apprécié qu’on dorme tous les deux dans une chambre d’hôpital à Jérusalem-Est non loin des blessés de l’Intifada, réveillés à sept heures par la fille de salle venue laver les sols. Déjà fatigué par la maladie, voyant mal, il prenait tous ces incidents de parcours avec une bonne humeur de jeune homme.

On avait fait tout un périple pour aller à Hébron, jalonné de contrôles à chaque check-point, que nous n’avons d’ailleurs jamais réussi à atteindre. A l’un de ces contrôles, comme un soldat avait regardé son passeport et était éberlué qu’avec un nom pareil il se promène avec des représentants des races inférieures, il avait hurlé : « Exactement, je suis juif et mes deux frères ont été assassinés par la Gestapo ! », le soldat, un peu penaud et incertain, avait répondu : « I prefer believe you, Sir. » Il avait écrit une fort bonne relation de ce voyage que ni Le Monde ni Libération n’avaient accepté de publier. Il faut dire qu’il y racontait des énormités. Ne disait-il pas avoir vu le carré des martyrs au cimetière de Ramallah labouré par des missiles et les tombes recouvertes d’impacts de balles tirées de nuit par les colons situés sur une colline toute proche ? Il m’avait dit après coup que c’est cet épisode qui l’avait le plus impressionné dans notre voyage et qu’il était l’indice d’une très mauvaise santé mentale des Israéliens. Excités et fanatisés, les Palestiniens ?, il n’avait jamais rencontré des gens aussi calmes dans une situation aussi terrible, en matière de fanatiques il n’avait vu que quelques colons et soldats hystériques.

Il avait attrapé le virus de l’hépatite C en se faisant une piqûre anatomique il y a vingt ans et c’est ce virus qui avait mal tourné. Parti pour se faire opérer en Italie, je lui avais demandé s’il n’avait pas confiance dans les praticiens français. Non ce n’était pas cela, mais « Comme je m’appelle Schwartzenberg », m’avait-il répondu, « ils vont vouloir faire sur moi des miracles, et moi j’ai très peur des gens qui veulent faire des miracles sur moi. » Il n’y voyait pas bien et cela le faisait enrager car le livre qu’il était en train d’écrire n’avançait pas comme il le voulait. Et il lui fallait aussi dormir sept heures alors que trois heures lui suffisaient jadis, mais il était tout de même d’attaque très tôt, il me téléphonait à sept heures du matin, à moi qui suis plutôt lève-tard, pour examiner le cas de nos protégés.

Il avait gardé un peu du sens de la discipline militaire qu’il avait connue très tôt à dix-sept ans dans le maquis, dès 1941, c’est-à-dire bien avant l’arrivée de ceux qui fuyaient le S.T.O.. Il était de constitution faible, asthmatique, et il avait été durement éprouvé par ces années passées à la belle étoile. Il racontait que leur commandant les réunissait avant de partir en mission et leur demandait qui avait les mains froides, leur chef disait alors à ceux qui levaient la main de s’écarter du groupe, « Si vous avez les mains froides, c’est que vous avez peur et si vous avez peur il ne faut pas y aller. » Sa mère pour qui il avait une grande admiration lui avait trouvé sa devise : « Va où tu dois et meurs où tu peux. » Léon Schwartzenberg y aura été fidèle.

Par Jean-François Poirier
Envoi de Mondher Sfar
Publié par Tunisnews
15 octobre 2003

Khaled Ben M’Barek
18-10-2004

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