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Le 19ème colloque annuel de l’Association de sauvegarde de la Médina de Bizerte, organisé les 29 et 30 juillet 2005 au centre culturel Sidi Jalloul dont c’était le baptême du feu, a dérogé, pour une fois, aux habitudes : l’unicité du thème, à savoir la bataille de l’Evacuation de Bizerte avec son lot de sujets presque tabou, jusque-là, ses zones d’ombre, ses partis-pris, son caractère « stupide » et surtout ses stigmates de pleurs, de deuils qui ont plongé Bizerte un certain Eté 1961 dans l’embrasement, la barbarie, la tyrannie aveugle. Quarante quatre ans après, peut-on facilement oublier ce qui s’était passé à Bizerte ? Non ! D’où tout le mérite voire le courage de l’ASM Bizerte présidée par M’hamed Ali Ben Gaïd Hassine, toujours innovant et novateur de « fouiner » un épisode sanglant, malheureux même.
En présence d’imminentes personnalités tels Abdelmajid Chaker, Zakaria Ben Mustapha, Slimane Dougui notamment, le premier magistrat de la ville de Bizerte Moncef Ben Gharbia, a déclaré ouvert le colloque sur l’évacuation de la bataille de Bizerte suivi par des intellectuels ainsi que par des protagonistes directs tels Dr. Rachid Terras, Habib Hajji, colonel Noureddine Boujallabia, Chérif Khammassi, Kaddour Ben Yochret etc... Les témoignages ne pouvaient, donc,être plus « poignants » parce que « à vif ».
Le chercheur Ali Aït Mihoub, préparant une thèse sous la conduite du professeur universitaire Abdessalem Ben Hmida, a été le premier à présenter une communication intitulée : « De l’importance numérique des installations militaires françaises à Bizerte entre 1881 et 1914 » suivi par le chercheur français Damien Cordier-Féron, sorbonnard, qui a traité de « La Stratégie de développement de la base militaire de Bizerte, de la deuxième guerre mondiale à la Bataille de Bizerte ».
Idem pour le second jour, c’est-à-dire le 30 juillet (Rehaussé par M. Mehdi Chabbah, gouverneur de Bizerte), soit deux communications. D’abord, celle de Sébastien Abis, intitulée : « L’Affaire de Bizerte, à travers la situation stratégique mondiale ». Ensuite, celle de Rym Ben Abdeljelil : « De la bataille de Bizerte, entre l’oubli et la réhabilitation : approche historigraphique ».
Des débats très « ouverts »
A défaut d’être passionnés, les débats au premier jour du moins, ont été « bien sages » et ont vu les interventions de Habib Sta, Béchir Yazidi, Othman Baktache, Habib Hajji, Mohamed Salah Fliss et Habib El Ouafi. Mais c’est au second jour que certains intervenants, s’inspirant sûrement du volet franc voire démocratique caractérisant le colloque, ont « franchi » certains credos que l’on croyait infranchissables. Pour Habib Kasdalli, par exemple « l’Histoire de cette guerre est à écrire... ». Pour chérif Chakroun, chroniqueur de cette « nuit folle » du 18 août 1961 pour la Radio nationale tunisienne, « la guerre de Bizerte n’a pas été académique mais plutôt une guerre à témoin... ».
Pour Mohamed Salah Fliss : « La guerre de Bizerte, abstraction faite de son volet violent, était politique avant tout ». Mais le pavé dans la mare, qui fera sûrement date et référence, aura été l’appel de Salah Ouaïel pour qui : « A propos de la guerre de Bizerte, il va falloir relire l’Histoire de la Tunisie moderne et prendre comme référentiel de l’Indépendance, la date du 15 octobre 1963, évacuation du dernier Soldat français du territoire tunisien.
Plus, cette réécriture doit s’accompagner de mesures réparatrices que le gouvernement français prendrait à l’endroit de ces milliers de morts tunisiens « plus de cinq mille selon les chiffres du Croissant Rouge tunisien bien que le bilan officiel, côté français, parle de 670 morts). Le temps des excuses, du pardon et de la... réparation est-il venu ?
Deux autres intervenants ont retenu l’attention de l’assistance. D’abord, Dr. Rachid Terras, figure emblématique de la fameuse manifestation des « fils barbelés » du 18 août 1961 (ayant duré douze heures) qui a relaté, photos à l’appui, les péripéties d’une guerre que « rien ne présageait puisque Jacques Brel chantait un mois auparavant au Sport Nautique ». Pour le jeune Maire de 23 ans de Bizerte débarquant d’une mission humanitaire tunisienne au congo : « Bizerte n’avait pas de plan de défense et les volontaires (six mille selon des chiffres officiels) étaient envoyés à une mort quasi certaine ».
Ensuite, le témoignage de Kaddour Ben Yochret, chargé de l’intendance à l’époque était bouleversant : « J’ai donné à manger aux combattants tunisiens de la viande... volée. Quatorze bonnes femmes, chargées de façonner du pain le faisaient sans levure. Vingt sacs de farine restent impayés ».
L’Histoire n’a pas encore pris acte
Il est un fait certain : l’Affaire ou la Bataille, ou encore la guerre de Bizerte, garde encore des secrets, ce qui est d’ailleurs compréhensible.
Ce qui l’est moins c’est cette impunité dont « bénéficient » encore les éléments parachutistes de l’armée française capables de s’être livrés à des actes de banditisme dans la ville de Bizerte, surtout les vendredi 18 août et samedi 19 août 1961.
Des maisons entières, dépeuplées de leurs habitants tunisiens, partis en hâte, ont été pillées, saccagées. La mort accompagnée de paupérisation n’a pas épargné des familles entières bizertines dont certaines « mal introduites « attendent encore jusqu’à nos jours réparation, réhabilitation.
Un dossier qu’il faut rouvrir par les politiques car si les choses se tassent des fois les oublier reste insoutenable. Bizerte a payé le prix fort pour n’en récolter que des miettes. Et à l’instar de ce qui s’est passé en Indochine et en Algérie, les excuses françaises, pour tant d’atrocités commises par mégarde, peuvent encore être recevables en Tunisie. Et parlant de Bizerte, le grand Chef d’Etat indien Nehru disait, au moment de ces événements douloureux : « Comment, même un impérialisme qui s’estompe peut resurgir très durement et très cruellement pour arriver à ses fins ».
F.C |