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Au village de Jebeniana, à 30 kms avant Sfax, sur la route du Sahel, les veuves se comptent par centaines. Les hommes, vivant dans de difficiles conditions, fument beaucoup, sirotent un thé rouge concentré qui aurait raison d’un beuf et boivent de la bière "celtia" et du rosé "Haut Mornag" à volonté. C’est pourquoi ils décèdent en grand nombre entre 50 et 65 ans et laissent derrière eux des enfants et des femmes sans travail et sans ressources.
Seulement à la rue Arbi Zarrouk, sur 18 familles, il y a 13 veuves ! Très rares sont celles qui ont de quoi subvenir à leurs besoins parce qu’un ou plusieurs de leurs fils et filles travaillent et les aident régulièrement. La majorité subsistent avec 100 dinars que leur alloue le gouvernement et reçoivent de temps à autre un carton de nourriture de la part du ’oumda’. Pourtant, elles votent docilement, en glissant dans l’urne la carte du RCD que les organisateurs des élections leur tendent sans le moindre scrupule et une quelconque gêne. D’ailleurs, les veuves de Jebeniana ne savent même pas pourquoi elles votent, ni pour qui elles votent ni comment elles pourraient faire autrement que de suivre les consignes RCDistes qui tiennent le haut du pavé pour toute consultation électorale. Pour elles, il y a un gouvernement à Tunis qui décide de leur avenir et de leur vie et celà a toujours été ainsi depuis l’indépendance avec l’omnipotence du père de la nation, Habib Bourguiba !
Bien sûr qu’elles manifestent leur mécontentement face au ’oumda’, au président de la municipalité et au délégué lorsqu’elles les voient une fois par année, pour exprimer leur misérable condition et crier leur colère. Mais en général elles se sont habituées à cette "fatalité" et comptent beaucoup plus sur la solidarité des voisins pour joindre les deux bouts.
Lorsqu’on leur demande, par curiosité, de quoi elles vivent, elles pointent leur doigt vers le ciel pour dire que Dieu les fait vivre par sa miséricorde !! Certaines d’entre elles élèvent deux à trois poules qui leur permettent d’acheter les menus produits necessaires à préparer un couscous "hallouzi" ( seulement avec des légumes) puisque le kilo de viande coûte une fois et demi le salaire d’un ouvrier agricole ou du batiment !! D’autres tissent des tapis locaux avec un métier à tisser tellement archaïque qu’il trouve facilement sa place au musée des pièces rares et anciennes. Lorsqu’elles n’arrivent pas à payer la facture de l’électricité ou de l’eau, les zélés employés du SNED et de la STEG accourent pour leur couper le robinet et la lumière !!
Dans un pays de droit, il faut appliquer la loi !!
Dépitées, certaines d’entre elles ont répondu favorablement aux sirènes des islamistes d’Ennahdha. Recevant quelques aides matérielles irrégulières, elles ne jurent que par Dieu, son prophète Mahomed et l’émir Ghannouchi, se mettent aux prières d’une manière absentéiste étant analphabètes, et espèrent l’avènement d’une République islamique. Quant à l’opposition laïque, reconnue ou interdite, les veuves de Jebeniana n’en ont jamais entendu parler ! Car il s’agit là de deux monde diamétralement opposés : les uns prêchent la lutte pour les droits humains et la liberté, et les autres se battent, chaque jour, pour le pain, l’eau et l’électricité !! |