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La conférence donnée à Montréal par les deux invitées de l’ADPM (Association des Droits de la Personne au Maghreb), Maîtres Saïda Akremi et Samir Dilou, membres de l’AISPP (Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques), s’est déroulée dans un climat un peu particulier : les « Canadiens de souche » ont brillé par leur absence. Le public était constitué de Tunisien(ne)s ou de Canadiens d’origine tunisienne. La moitié des présents était des « benaliéné(e)s » abonné(e)s aux conférences des opposants et militants de Tunisie et d’informateurs du Ministère de l’intérieur tunisien basés à Montréal. Le reste était surtout constitué d’islamistes tunisien(ne)s réfugié(e)s au Canada.
Le ton de Maître Dilou, qui avait passé plus de dix en prison, était on ne peut plus modéré et conciliateur. Il a déclaré qu’il ne cherchait en aucune manière à nuire à la réputation de son pays ni à s’attaquer à son régime. « Nous n’avons jamais appelé au boycott du SMSI (Sommet Mondial du la Société de l’information) et nous sommes fiers d’accueillir cet rencontre mondiale », a-t-il déclaré. Le combat qu’il mène au sein de l’AISPP est un est un combat pour la dignité des centaines de prisonniers politiques tunisiens. Il pense qu’il est urgent, pour sauver ces vies en danger et soulager leurs familles en détresse, de décréter une amnistie générale. « Il est inconcevable qu’en 2005 une telle situation puisse perdurer. » a conclu Me Dilou.
Lorsque Madame Saïda Akremi a pris la parole, tous les représentants, officiels et officieux, du régime tunisien sont sortis de la salle. Madame Akremi a mis l’accent sur le travail humanitaire de l’AISPP. « Notre association n’est pas une organisation politique », a-t-elle déclaré. Elle ne vise qu’à défendre les prisonniers politiques et soutenir leurs familles. Elle pense que le travail de cette association a commencé à donner des fruits, mais que le but final est l’élargissement de tous les prisonniers politiques.
Ensuite, certains présents sont intervenus pour poser des questions ou faire des remarques. Un des présents a déclaré qu’il était présent à Tunis lorsque les islamistes tunisiens utilisaient l’acide comme outil de guerre. Il a dénoncé la pensée obscurantiste de Sayyed Qotb, relayée et propagée par le parti islamiste Ennahda. Il trouve scandaleux le fait que des musulmans puissent décréter l’apostasie (takfir) d’autres croyants. Il pense que tout le mal vient de cette pensée « takfiriste ».
Maître Dilou est intervenu pour dire que la pensée islamiste tunisienne n’a jamais été « takfiriste » et que les agressions à l’acide étaient des cas isolés : trois cas au total, selon lui. Un autre intervenant a rendu hommage aux détenus islamistes tunisiens qu’il considère comme des héros. « Peut-être un jour certaines rues tunisiennes porteront leur nom. ». Maître Dilou a saisi cette occasion pour parler des conditions d’emprisonnement en Tunisie, d’après sa propre expérience.
Dans la prison de Borj Erroumi, par exemple, un prisonnier doit faire la queue pendant trois heures ou plus pour avoir sa ration quotidienne d’eau, trois ou quatre litres maximum, et ce en pleine canicule d’été ! Les prisonniers n’ont pas le droit d’être traités aux antibiotiques. Le comble c’est que le médecin de cette prison, un certain Halim, est un faux médecin ! En effet, il est inconnu à l’ordre des médecins.
Les prisonniers sont aussi interdits de culture et de lecture. Sauf des journaux tunisiens. Et encore : parfois les journaux parvenaient troués ! On coupe aux ciseaux les articles jugés « osés » par les autorités pénitentiaires.
Ensuite Madame Akremi a évoqué la peur dans laquelle vivent en permanence les familles des prisonniers politiques. Les policiers peuvent violer leur domicile à n’importe quelle heure. Il arrive que la famille d’un prisonnier islamiste soit soumise à un interrogatoire serré si les « visiteurs de la nuit » découvrent que le réfrigérateur est bien fourni !
La conclusion de Me Akremi a été émouvante : « Ils peuvent nous agresser, violer nos domiciles et nos cabinets, essayer de nous affamer, mais nous continuerons malgré tout notre combat pour le respect des droits humains ! » |