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Le RCD subit sa première défaite à Montréal

Montréal, le 10 septembre 2004. J’arrive en retard à la conférence de Me Néjib Chebbi, secrétaire général du PDP (Parti Démocratique Progressiste). La salle est remplie aux deux tiers, mais avec l’arrivée des retardataires il n’y aura plus de place. Certains assistent à la conférence debout, faute de place.
Mme Valérie Guilloteau, représentante d’Amnistie Montréal, fait un exposé de la situation peu enviable des droits de la personne en Tunisie. Elle sera suivie par son honneur Gaston Labrèche, juge canadien à la retraite, actif dans la défense des bonnes causes comme celle de la justice asservie en Tunisie. M. Labrèche en sait long sur le fonctionnement de la "justice" tunisienne. En effet, il a assisté à pas mal de parodies de procès. Enfin le "candidat virtuel" à la présidence tunisienne, Me Néjib Chebbi prend la parole.

Monsieur Chebbi ne se fait aucune illusion sur le sort qui sera réservé a sa candidature ni sur le nom du gagnant de la prochaine "élection" présidentielle.
Pour lui l’important est de monter au monde entier le verrouillage politique et médiatique du système tunisien. La loi électorale - exactement comme la soi-disant reforme de la Constitution - a été faite sur mesure pour l’actuel président de la Tunisie.
C’est lui- même qui choisit ses "concurrents" !

Mais d’après M. Chebbi les maux de la Tunisie ne sont pas seulement politiques. L’économie tunisienne, utilisée jusqu’ici comme cache-sexe par le régime tunisien, se porte mal et souffrira encore plus pendant les années a venir. Chaque année les universités tunisiennes déversent sur le marché de l’emploi - ou plutôt marché du chômage - des dizaines de milliers de diplômes dont la majorité est privée d’avenir. L’industrie textile est en difficulté et sera encore plus fragilisée par l’ouverture complète du marché tunisien. Des dizaines de milliers d’emplois sont menacés. Les faillites et les licenciements d’ouvriers sont déjà monnaie courante dans ce secteur.
En outre, le secteur bancaire risque de s’effondrer a tout moment vu le volume inquiétant des dettes douteuses accumulées par les banques tunisiennes. M. Chebbi a cite la fameuse liste de la Banque Centrale de Tunisie ou figurent les noms des 127 hommes d’affaires les plus endettés au pays.

Avant même que M. Chebbi ne prenne la parole, les micros de Ben Ali étaient déjà à l’écoute. En effet, les micros Ministère de l’intérieur - aux sens figure et littéral du mot "micro"- nous ont honores par leur présence. La table sobre de M. Chebbi a enfin trouve le décor qui lui manquait. Une meute de benalienés a occupé les dernières rangées. C’est normal, le RCD n’a jamais été un parti d’avant-garde ! Il y avait aussi un type dont les regards perçants de flic sautent aux yeux. C’était le flic numéro un du consulat tunisien a Montréal. Ila choisi un lieu stratégique qui permettait a ses yeux de rapace de "balayer" toute la salle.

Parmi les présents, deux éternels avocats du diable, un certain Hammadi, muni de tous les appareils d’enregistrement nécessaires, et un certain Daghfous, prof universitaire qui a eu le déshonneur d’être reçu par Zaba à Carthage. Mu par un "militantisme" sans faille, ce même Hammadi était la veille a Québec pour enregistrer et interroger le chef du PDP. Ce dernier lui a d’ailleurs pose la question : « Pourquoi me poursuis-tu partout ? ». Les deux amis de "notre ami Ben Ali" se sont attaques a M. Chebbi l’accusant de mauvaise foi et de falsification des faits. Le sang froid de M. Chebbi est admirable. Il est sûrement habitué aux provocations des pions de la dictature.
Il a été d’ailleurs longuement applaudi par l’autre Tunisie présente dans la salle. La présence de cette autre Tunisie qui ose ouvrir la gueule était remarquable. Grâce a ses interventions vigoureuses et sans concessions, elle a mis les benalienés en minorité. A la fin ils se sont contentés du rôle de comparses. C’était la première fois de ma vie que je vois le RCD littéralement écrasé par l’opposition.
Certains Tunisiens de Tunisie donneraient la moitie de leur vie pour assister à un tel spectacle.

La médiocrité des "avocats du diable" était à la hauteur de la bassesse du régime qu’ils défendent.
Les représentants de la dictature étaient tellement désorientés par la virulence des critiques qu’ils ont quitté la salle à la sauvette des la fin de la conférence et oublié de déployer la banderole qui les accompagnait : « BEN ALI LE CHOIX DE L’AVENIR ! »

Ils ont essaye de jouer leur dernière carte avec une marionnette d’une association tuniso-canadienne proche de la dictature, une Québécoise qui a apparemment bénéficié de la générosité de la "caisse noire" de Carthage. Elle dit qu’elle a visité la Tunisie mais qu’elle n’a rien vu de tout ce que rapporte Amnistie. Je la crois sur parole. Ni les caves du Ministère de l’Intérieur ni les centres de détention de Bouchoucha et Gorjani ne faisaient partie de son circuit touristique. Un circuit bien rodé.

Maître Chebbi a été ravi par le degré de maturité atteint par la société civile tunisienne au Canada. La conférence de M. Chebbi à Montréal peut être aussi considérée par un des intervenants comme un modeste atelier de démocratie ou les Tunisiens de différentes tendances politiques peuvent se parler sans se bagarrer. D’après Monsieur Jamel Jani, le président de l’ADPM, le succès de la visite de Monsieur Chebbi au Canada encouragera son association et la société civile tunisienne au Canada a inviter d’autres personnalités politiques tunisiennes à venir s’exprimer devant leurs compatriotes vivant au Canada.

A la fin de la conférence de M. Chebbi je n’ai eu qu’une seule pensée : « ce qui fait le plus peur a la dictature tunisienne c’est la disparition de la peur chez un nombre grandissant de Tunisiens. Le risque de contagion est énorme ».

Aujourd’hui plus que jamais nous devons mettre en pratique le slogan lance par la société civile tunisienne en mai 2000 : « !لا خوف بعد اليوم ».
Adieu la peur à partir d’aujourd’hui !

Omar Khayyâm
13-09-2004

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