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Des fédérations musulmanes réunies ce week-end à Hambourg (nord) ont décidé de créer une structure unique pour l’islam d’Allemagne, afin de pallier le problème de représentativité qui les empêche notamment de superviser l’enseignement religieux dans les écoles publiques. Actuellement, une grande partie des 600.000 enfants musulmans du pays sont privés d’un tel enseignement, pourtant garanti par la loi fondamentale, la Constitution allemande. Le blocage reste juridique : l’islam allemand est éclaté, et les fédérations musulmanes basent leur représentativité sur le nombre de mosquées qu’elles contrôlent plutôt que sur le nombre --très faible-- de leurs adhérents. Or la Constitution prévoit que seules les "communautés religieuses" --notion qui implique une adhésion individuelle et un nombre conséquent de membres-- sont associées à l’enseignement des religions dans les écoles publiques. Dans le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie (ouest), les autorités refusent ainsi depuis dix ans d’autoriser des cours d’islam, au motif que les fédérations, pas assez représentatives, ne sont pas des interlocuteurs crédibles. Parmi ces fédérations, le Conseil central des musulmans, qui a signé avec six autres groupements la déclaration adoptée ce week-end à Hambourg. "Nous entendons créer une structure unitaire et démocratique, au niveau fédéral et dans les Laender", affirme Nadeem Elyas, président du Conseil central, selon qui les organisations signataires représentent "70%" des musulmans. "D’ici un an, nous proposerons un projet à toutes les mosquées et à toutes les organisations", précise Nadeem Elyas. Selon lui, cette nouvelle structure, "semblable dans son esprit" au Conseil français du Culte Musulman (CFCM), permettra de renforcer "le principe démocratique de l’adhésion personnelle". Bémol de taille : la plus grande fédération musulmane, le DITIB --"union turco-islamique", qui représente 150.000 Turcs musulmans -- a ostensiblement snobé la réunion de Hambourg. "Il est vital de débloquer la situation et de garantir l’enseignement de l’islam en allemand dans les écoles !", s’emporte Nadeem Elyas, qui dénonce un manque de volonté politique. "Sinon, les prochaines générations de musulmans vont grandir sans valeurs. Et si leur éducation religieuse n’est pas faite à l’école, ils risquent d’être sensibles à de mauvaises interprétations du Coran", avertit-il, brandissant la menace fondamentaliste. Depuis quelques années, les initiatives fleurissent pourtant dans différents Laender. La Bavière (sud) a ainsi créé dès les années 80 des cours d’instruction à l’islam, mais uniquement proposés en turc. Plus récemment, des expériences similaires ont été menées en Sarre, en Rhénanie, dans le Schleswig-Holstein et dans les villes-Etats de Hambourg et de Berlin. En Basse-Saxe (est), depuis août 2003, les associations musulmanes se sont réunies au sein d’une "choura" (conseil) pour définir en collaboration avec les autorités politiques le contenu des cours d’islam dispensés en allemand. "L’expérience est prometteuse", affirme Bernd Knopf, porte-parole de la chargée de mission pour l’intégration. Selon certains experts, il manque actuellement 4.500 professeurs d’islam. "Le problème, c’est qu’on ne peut pas faire venir massivement des milliers de professeurs d’un jour à l’autre", déplore Bernd Knopf, alors que l’Allemagne s’interroge sur son modèle d’intégration et sur l’existence de "sociétés parallèles", selon le chancelier Schröder. Bientôt, des professeurs d’islam devraient être formés en Turquie dans le cadre d’un partenariat entre universités turques et allemandes. Reste que c’est seulement l’an dernier, à Muenster, que le premier département universitaire destiné à former des professeurs d’islam a été créé en Allemagne.
Agence France Presse 01 - 03 - 2005 |