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Amman, 22 novembre 2005
Lettre de l’épouse du prisonnier Adel Ben Mohammed Tahar Rahali, incarcéré à la prison du 9 avril à Tunis. Adel Ben Mohammed Ben Tahar Rahali poursuit sa grève de la faim depuis le 6 novembre 2005
Mon mari, Adel Rahali, a commencé une grève de la faim le 6 novembre 2005, grève illimitée et sauvage (sans eau ni sucre), l’une des formes de grèves les plus dangereuses. Il ira jusqu’au bout cette fois-ci, jusqu’à ce que Dieu le délivre car il est opprimé, condamné à cinq ans d’oppression, tout cela pour un pseudonyme ou une appartenance à une organisation terroriste. Par ce moyen, il veut que sa voix parvienne au monde entier, lui qui n’a pas été entendu en Tunisie, où il est réprimé et innocent. Mon mari a fait savoir qu’il mènerait cette grève jusqu’à son terme, la victoire ou le martyre, c’est qu’on lui a fauché cinq ans de sa vie ! Je demande par ce courrier à tous les défenseurs des droits des détenus politiques et particulièrement à ceux qui sont en Irlande, d’aider mon mari en faisant pression sur Tunis pour le faire libérer. Je demande l’aide des médias internationaux et de toutes les organisations de droits de l’homme et de défense de la presse, d’aider mon mari à être entendu par les autorités irlandaises pour que ces dernières demandent à Tunis de libérer Adel. Il n’a été renvoyé d’Irlande en Tunisie que pour une infraction aux loi sur l’immigration en vigueur en Irlande. Il n’a rien à voir avec le terrorisme, ni de près ni de loin.
J’appelle les responsables tunisiens et irlandais à me dire pourquoi mon mari est en prison jusqu’à ce jour. Je sais que la réaction des autorités tunisiennes à la grève de la faim pourrait être très dure : réalimentation de force ou transfert dans une autre prison, éloignée. C’est pourquoi il faut que les responsables irlandais examinent cela sérieusement, qu’ils prennent fait et cause pour lui et concourent à sa libération en précisant la façon dont il a été renvoyé à l’époque en Tunisie. Je veux que tout soit fait pour qu’il cesse sa grève. Aux autorités irlandaises d’intervenir et de faire pression sur la Tunisie pour le faire libérer. Aux autorités irlandaises de fournir à la Tunisie un document prouvant qu’il n’a été renvoyé en Tunisie que pour infraction aux règles de l’immigration en Irlande.
Moi-même et mon mari les tenons pour responsables de ce qu’Adel a enduré : prison, torture, oppression à la suite de son expulsion en Tunisie le 14 avril 2004.
Mervat Yaghi
Amman, Jordanie
Je soussigné, Adel Rahali, actuellement incarcéré à la prison civile du 9 avril à Tunis, informe solennellement de mon entrée en grève de la faim illimitée à compter du 6 novembre 2005 : je refuse l’injustice qui s’est abattue sur moi lors de mon dernier procès qui s’est tenu le 3 octobre dernier, lors duquel j’ai été condamné à cinq ans d’emprisonnement, à dix ans de contrôle administratif, et à une amende de cinq mille dinars, tout cela pour avoir utilisé un pseudonyme. Je sens que ma vie est brisée. J’ai perdu tout espoir, car on m’a volé cinq ans de ma vie injustement et je n’ai rien fait pour que l’on me condamne. On m’a accusé de terrorisme et j’en suis innocent. Mon seul péché est d’avoir résidé à l’étranger, en Irlande où j’ai demandé l’asile pour obtenir des documents de séjour. Je suis une victime de la guerre contre le terrorisme, une victime de la récente loi antiterroriste en Tunisie. Voilà qu’on se met à condamner ses propres enfants pour dire au monde qu’on combat le terrorisme !Où sont les Nations Unies ? Où sont les comités de droits de l’homme ?Où sont les défenseurs des victimes de la guerre contre le terrorisme ? Je suis leur victime, sinon ils m’auraient défendu après que j’ai perdu tout espoir au procès devant la Cour d’Appel, quand on ne m’a pas libéré. Je n’ai plus confiance en quiconque et j’ai décidé cette fois-ci de mener cette grève jusqu’à ce qu’on me restitue ma liberté ou que Dieu me délivre.
C’est un communiqué et un appel à toute personne concernée, à quiconque refuse l’injustice en ce monde. Je demande ma libération et de pouvoir rejoindre mon épouse de nationalité jordanienne, Mervat Yaghi, que je n’ai pas revue de puis deux ans.
Le prisonnier Adel Rahali
Prison civile du 9 avril
(traduction ni revue ni corrigée par les auteurs de la version originale, LT) |