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Schlacking : the Zabalian Dream

Personne ne connaît très bien les origines de cette pratique ancrée dans les moeurs de la gent tunisienne, ce phénomène qui constitue à la fois une tradition et une mode, une pratique quotidienne et une caractéristique sociale à part entière.

L’historien Bou Tibri a lancé tout un programme d’études pour retracer le cheminement de cette coutume à la limite du culte. A la fameuse université Dir Zit Pop University, réputée pour sa spécialité en sciences de nonchalance, où il dirige le célèbre département du tkarkir, le professeur Bou Tibri n’arrête pas de décortiquer les observations qu’il récolte à longueur de journée. Son lieu d’observation favori est sis à zankêt Lanzass, où il s’asseoit pas moins de trois heures par jour sur "âtbet Châandi Âandek", son observatoire principal, non loin de ses locaux de "skifêt Bou Blabzi"

Le phénomène en question est simple dans son apparence, complexe dans ses mécanismes, puissant dans ses conséquences. Les adeptes de ce phénomène généralisé ont un dress code très strict, une signature vestimentaire rudimentaire, mais élémentaire. Pour être admis dans ce mouvement il faut se doter d’une schlaka, une espèce de sandale populaire, facile à se procurer et disponible dans n’importe quel bon marché, le plus souvent vendues au tas. Une fois sa schlaka chaussée au pied, le schlakeur se balade dans les rues de la ville en se dandinant, de préférence de façon prononcée au niveau des épaules, et, trait de signature du schlakeur, en laissant traîner ses jambes lourdement de façon à faire frotter artistiquement la schlaka contre la chaussée, d’où un splendide bruit "schlak schlak"

Le schlacking est une activité très prenante, les schlakeurs s’y consacrent le plus souvent à plein temps, et il est difficile d’y associer d’autres activités, comme par exemple une activité professionnelle ou une activité culturelle. Néanmoins certains courageux se laissent prendre à de légères activités sportives, ce qui est facilité par la nature du schlaking. Ainsi de temps en temps, sur la place centrale du quartier, on peut trouver des schlakeurs qui déchaussent instantanément leurs schlakas pour s’adonner à des petites séances de passe passe dès qu’ils trouvent un petit ballon qui roule dans le coin, ou, plus rarement, de s’emporter dans des épreuves plus rudes, comme le sprint flash où le paisible son du "schlak schlak" cède la place à un vibrant "chidd ! chidd !".

Les adeptes du schlacking se multiplient considérablement en été, la saison d’or de ce mouvement. Ils sont aussi rejoints par des pratiquants occasionnels qui peuvent vaquer au schlacking avec l’allègement de leur temps de travail grâce à la séance unique. Comme dans tout mouvement, nul ne doute qu’il y a plusieurs courants de tendances variées qui s’inscrivent dans le schlacking. On peut par exemple citer les amateurs de la schlaka Adibas, la marque aux quatre bandes. On trouve aussi une variante proche, celle des fans de la schlaka Reedok. Mais on ne peut pas omettre de citer les intraitables classiques, les gardiens de la tradition la plus pure du mouvement, les adorateurs de la schlaka nylon, le plus souvent dans sa forme schlaka bou sbôo, une sorte de tong populaire.
Sans énumérer les conscrits du courant schlaka déchirée, schlaka salie, schlaka délavée, plante des pieds noire, dhwafer mmaskha...

D’autres tendances, plus puristes, complètent la schlaka par le port d’un maillot de corps délabré, dont le modèle le plus connu et le plus couru est le maryoul khalâa.
Toutefois les schlakeurs partagent une base commune, les piliers du mouvement pourrait-on dire, qui sont au nombre de cinq :

1) dire "malla guinya ou mizirya", la profession de foi minimale
2) ne pas se lever avant quatorze heures
3) ne pas sortir avant seize heures
4) cracher du coucher du soleil au lever du soleil
5) le pélerinage au café, pour ceux qui peuvent se le permettre

Mais du moment qu’on se dote d’une schlaka, qu’elle soit à un dinar ou à cent dollars, on est candidat potentiel pour être dans le mouvement schlaking. Les adeptes les plus aguerris sont souvent en action durant les créneaux les plus tardifs de la nuit. Quoi qu’il en soit, les spécialistes du domaine regroupent les styles en deux grandes catégories, selon leurs pratiques et le niveau de leur conviction. Certains parlent de "schlacking attitude", d’autres se reconnaissent dans le "schlacking way of life".

Le fait le plus marquant dans la pratique du schlaking est l’efficacité qu’il dégage dans plusieurs domaines. N’en citons que quelques exemples : l’effet sur la santé, chez les adeptes du schlacking les maladies du stress sont quasi inexistantes, les troubles cardiaques sont rares. L’autre exemple principal, celui qui force l’admiration du schlacking et qui pousse les plus grands chercheurs à l’étudier et à le théoriser, est l’impact économique : taux de croissance phénoménal et constant, taux de chômage particulièrement bas,... ce qui a valu à la Tunisie, familièrement appelée Tunisibbie par les schlakeurs intégristes les plus radicaux, ce beau petit pays méditérranéen pôle rayonnant du schlaking, de décrocher l’enseigne de Miracle Economique.

Dans tous les pays du monde, notamment dans les pays dits "avancés", particulièrement en Occident, alors que Prozac et autres remontants n’y font rien pour réduire les dépressions, et que les marchés ne résistent pas aux cracks boursiers, les espoirs se portent de plus en plus vers le schlaking. Tous les yeux du monde en mal de vivre ne sont plus accrochés au rêve américain -pays en fin de son heure de gloire et ayant entamé sa chute dans la voie de la décadence- mais sont désormais tournés vers la Tunisie, pays tiré par infâmeux Zaba, Zine schlack Ben Avie de son vrai nom. Les schnocks de tous bords n’ont qu’une chose en tête : le rêve zabalien.

Les moins exigeants ne pensent qu’à se poussiérer les pieds et se reposer sur une kâsdriya au Boulevard de l’Environnement, pendant que les plus exigeants s’énivrent du fantasme ultime du schlacking : se ressourcer de glibettes et fouler la Place 7 Novembre pour un tour de schlaking.

Walid [eFighter]
12-07-2004

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