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5-08-2004
Samira Issaoui - Appel

Je soussignée, Samira Issaoui, détentrice de la CIN n°04329850, divorcée de Joma’ï Khasshoussi, ex-détenu pour appartenance au mouvement de la Nahdha, lance un appel à tous ceux qui croient en la valeur de l’être humain, que Dieu a créé et préféré aux autres créatures, et à tous ceux qui n’ont d’autre objectif que la libération de tous, la justice et l’égalité face à la loi. Je m’adresse à tous ceux qui aiment leur pays, son ciel, son eau et sa terre, ses déserts, ses monts et ses plaines, ses forêts et ses prairies, ses animaux et ses habitants, oui, ces gens qui constituent le capital du pays.
Je lance cet appel : peut-être m’aideront-ils dans ce calvaire que je m’en viens vous conter :
Le début de la tragédie remonte à 1990, à la suite des inondations à Sidi Bouzid et de tout ce qui s’en est suivi. Mon mari, Joma’ï Khasskhoussi a été arrêté alors que j’accouchais à l’hôpital. Il a passé un mois en prison et à sa sortie il a perdu son emploi dans les services du ministère de l’équipement.
Il a été arrêté une seconde fois en 1993, cette fois-ci pour appartenance au mouvement de la Nahdha. Il a passé cinq ans dans l’obscurité des prisons. Alors que mon mari était incarcéré, j’ai été congédié de mon travail à l’usine de la STEIF. Au terme de treize années de service, mon seul tort fut d’être l’épouse de Joma’ï Khasskhoussi. On m’a menacée de le rejoindre en prison, si je pensais à faire valoir mes droits.
J’ai bien tenté de prendre contact avec les autorités : à l’époque le gouverneur était Mohammed Ghariani et la responsable féminine madame Marzouka Mliki, qui n’ont accepté de m’aider ainsi que mes sept enfants, que si je divorçais de mon mari. C’est ce qui a fini par arriver, à force de pressions. J’ai alors travaillé comme femme de ménage à l’hôpital régional pour un salaire de 110 dinars sur lequel je prélevais 75 dinars pour le loyer du logement où j’habite avec mes enfants.
Lorsque mon mari, (pardon, mon « ex ») , est sorti de prison, moi et mes enfants étions soulagés. Le couffin serait, comme on dit, porté à deux, mais non ! Il est devenu locataire dans les centres de la Sûreté, où il émargeait matin et soir, sous prétexte de contrôle administratif, une peine à laquelle le tribunal ne l’avait pas condamné.
La maladie de mon fils, atteint d’insuffisance rénale, a nécessité une dialyse régulière et un régime spécial que nous ne pouvions pas assurer. Puis ma fille a été atteinte d’une affection cardiaque chronique occasionnant beaucoup de frais. Je dirais même que tous mes enfants ont souffert de pathologies résultant de la malnutrition et des pressions psychologiques que nous subissons depuis plus de dix ans.
Nous nous étions tournés vers les autorités, plus particulièrement le gouvernorat, pour y solliciter une assistance. Un jour, mon mari a tenté de mettre fin à ses jours au siège du gouvernorat. Toutes les portes s’étaient fermées devant nous et il criait « Prenez mes enfants en charge ! ». Nous n’avons pas désespéré. Ce père de sept enfants a tenté de sensibiliser les autorités à son drame, il a voulu trouver une solution, mais en vain. Et au lieu de cœurs compatissants, l’entêtement de mon ex ne l’a fait rencontrer que les représailles policières : il a été frappé et son bras a été fracturé. Après avoir récupéré, il a fait de nouvelles tentatives infructueuses. Gagné par le désespoir, confronté à ses enfants qu’il voyait rongés par la faim et la maladie, subissant l’état de siège déclaré contre nous par les autorités, mon mari a fini par s’immoler là même où nous habitons. Sans la bienveillance de Dieu et l’intervention des voisins, mes enfants auraient vu leur père flamber sous leurs yeux. A la suite de cela, les autorités l’ont fait interner à l’hôpital psychiatrique. Et j’ai été forcée d’arrêter mon travail à l’hôpital régional proche où je travaillais la nuit ce qui me permettait de revenir la journée à la maison pour m’occuper des enfants. On m’a envoyée travailler dans une maison de Jeunes éloignée de mon domicile à la cité Kawafel, et je dois utiliser un moyen de transport pour m’y rendre ce qui m’a compliqué la vie encore davantage,
Qui punit qui ? Qui est la victime et qui est le bourreau ?
Est-ce qu’on punit mon mari d’avoir pu sympathiser un jour avec le mouvement de la Nahdha ? Ou mes sept enfants et leur mère, qui a divorcé à contre cœur quand ont lui a promis de l’aide ? Est-ce qu’on punit mon mari qui a purgé sa peine d’emprisonnement et qui est sorti de prison pour subvenir aux besoins des siens, en le privant de travail, en l’assiégeant et en le contrôlant jour et nuit ?
Mes frères, enfants de ce pays, j’en appelle à vous pour que vous me protégiez. Je n’ai d’autre vœu que de voir mes sept enfants pris en charge, recouvrant la santé, soigné, scolarisés, habillés. Faites en sorte que je sois titularisée, que mon mari sorte de l’hôpital où il a été jeté et qu’il revienne aux siens et s’intègre à nouveau à la société.
Alors peut-être nos blessures cicatriseront-elles.

Samira Issaoui
Source El Maoukif n° 275 du 30 Juillet 2004
(Traduction ni revue ni corrigée par l’auteure de la version originale, LT)

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