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En effet, c’est « pour la première fois » depuis la destitution de Bourguiba que les avocats se mettent en sit-in ouvert défiant la machine policière et bravant tous les dangers.
« Pour la première fois », un nombre si impressionnant d’avocats se portent volontaires pour défendre un collègue.
« Pour la première fois », un consensus aussi solide s’établit entre des Tunisiens appartenant à des familles idéologiques différentes (avocats), déterminés à défendre l’honneur de leur profession et rassemblés autour d’un leader (bâtonnier) imperturbable.
« Pour la première fois », des avocats rendent si évident l’état de délabrement de la justice tunisienne, lors d’un procès qui de l’avis de tous les présents, constitue une première dans la petite histoire de la justice aux ordres.
« Pour la première fois », des avocats réussissent à dévoiler l’extrême dépendance et les intrigues d’un Haut Conseil de la Magistrature qui n’a pas trouvé mieux, pour servir ses maîtres, que de lancer une fatwa appelant à l’embastillement des avocats.
« Pour la première fois », le parti au pouvoir (RCD) est mis en minorité et marginalisé jusqu’à l’humiliation, lors d’une réunion extraordinaire d’avocats venus en nombre (ils étaient 1800 le 14 mai dernier) de toutes les régions, pour en découdre avec ceux qui veulent les rabaisser et inféoder leur conseil de l’ordre.
Ce « pour la première fois » des avocats est en train de faire école et inspirer d’autres catégories sociales :
C’est ainsi que « pour la première fois », une avalanche de rapports alarmants sur la situation de la presse en Tunisie sont publiés simultanément (à l’occasion de la journée internationale de la liberté de la presse) par des organisations indépendantes (Syndicat des Journalistes Tunisiens, Conseil National pour les Libertés en Tunisie) ou officielle (rapport cinglant des trois journalistes dissidents de la très officielle Association des Journalistes Tunisiens).
« Pour la première fois » aussi, les professeurs de l’enseignement supérieur décident de boycotter les examens de fin d’année et de refuser de corriger les copies d’étudiants qui, « pour la première fois », leur sont solidaires.
« Pour la première fois », un consensus aussi solide se manifeste publiquement (Journée internationale de Solidarité avec les Prisonniers Politiques, le 21 mai dernier à Paris) entre des organisations de la société civile et des partis politiques d’obédiences différentes, sur la nécessité de faire de la libération des prisonniers politiques en particulier, et l’amnistie générale en général, des priorités nationales.
Aujourd’hui, rien n’est plus comme avant. Les avocats ont montré le chemin.
« Pour la première fois », l’opposition tunisienne ne doit pas décevoir. Il lui revient de rentabiliser cette dynamique positive afin de donner au combat pour la liberté et la démocratie un essor salutaire. |