Récit de l’arrestation d’Aymen Mcharek "Internaute de Zarzis" (reveiltunisien.org)
Un printemps à la Goulette,
mercredi 5 mai 2004 , par Luiza Toscane
C’est le 16 mars 2003 que la vie d’Aymen Mcharek bascule alors qu’il arrive d’Allemagne pour des vacances en Tunisie. Accompagné d’Aouatef, sa maman, et du plus jeune de ses frères et surs encore bébé, il débarque du bateau à bord de sa voiture au port de la Goulette, lorsqu’il est happé par la police des frontières.
Aymen Mcharek est né le 15 février 1982 à Rosenheim, une petite ville de la Bavière, de parents tunisiens. Lui-même a la nationalité allemande. Il est l’aîné d’une famille de cinq enfants : les autres sont aujourd’hui âgés de seize, douze, dix et deux ans et demi. Il effectue une partie de sa scolarité à Zarzis, d’où est originaire de sa famille, et la termine en Allemagne. Au moment de son arrestation, il travaille dans une société de produits laitiers à Rot am Inn. Accoutumé du va et vient avec Zarzis, il s’y était encore rendu dans les mois précédant son arrestation. Une rumeur faisant état de la citation de son nom lors des interrogatoires des « internautes de Zarzis » lui est même parvenue, mais, et contre l’avis des siens, épouvantés par les nouvelles de la torture pratiquée lors de ces arrestations, il rétorque qu’il n’a rien à se reprocher et il retourne en Tunisie, confiant et sûr de son bon droit.
Aymen Mcharek disparaît en ce seize mars entre les mains de la police pour en ressortir menotté quelques moments plus tard. La police des frontières refuse de dire où il est emmené ni pourquoi il est arrêté et elle tente bien d’égarer Aouatef par des explications pour le moins fantaisistes du type « la lutte contre l’émigration clandestine », propos qui, au vu de la nationalité allemande d’Aymen, ne manquent pas de saveur. La voiture appartenant à Aymen, elle est méticuleusement fouillée. Son contenu est restitué à sa mère, qui désemparée, se voit contrainte de regagner Zarzis sans véhicule, mais toujours avec son bébé et tout le chargement. Quant au véhicule, il est saisi.
Pendant trois jours, Aymen est détenu au secret : sa famille finit toutefois par le retrouver, écroué, à la prison du 9 avril, trois jours plus tard. Durant sa garde à vue, Aymen Mcharek a été frappé, puis sommé de signer le procès verbal, rédigé dans un arabe qu’il maîtrise mal, sous la menace de gourdins.
Le6 avril2004 , Aymen Mcharek est condamné par la troisième chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis à dix-neuf ans et trois mois d’emprisonnement, assortis de cinq ans de contrôle administratif, pour « constitution d’une bande ayant pour objectif de commettre un attentat contre les personnes et les biens et de terroriser les citoyens, la tenue de réunions illégales, vol et tentative de vol, détention, fabrication, transport et stockage de produits explosifs sans autorisation ». A l’instar des autres jeunes gens, très lourdement condamnés dans cette affaire, il n’a pas d’antécédents judiciaires.
Au terme de trois mois à la prison du 9 avril, il est transféré à celle de Borj El Amri, où il reçoit la visite hebdomadaire de sa famille. En revanche, la représentation consulaire allemande en Tunisie, très sensibilisée sur la situation d’un de ses nationaux, et présente lors des audiences, s’est vu refuser le droit de lui rendre visite en prison. Là aussi, les autorités tunisiennes font montre d’un acharnement ciblé. Pour justifier ce refus, elles avancent le fait qu’en Tunisie, Aymen est tunisien....
Le verdict énoncé à l’endroit d’Aymen et des autres jeunes de Zarzis est un verdict politique. Tout doit être mis en uvre d’ici le jugement en appel pour faire revenir les autorités tunisiennes sur ces condamnations iniques. Dans l’immédiat, écrire à Aymen à l’adresse suivante :
Aymen Ben Mohamed Ben Amor Mcharek
N °2534 C 4
Prison de Borj El Amri - 1142
Luiza Toscane, 5 mai 2004