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Justice - Me Abbou avait sévèrement critiqué les conditions carcérales dans son pays. Son procès commence aujourd’hui.
Jean-Noël Cuénod, Publié le 28 avril 2005
Les avocats tunisiens, mais aussi venant de Barreaux étrangers dont celui de Genève, se mobilisent pour porter secours à leur confrère Me Mohamed Abbou. Il est incarcéré en Tunisie depuis le 1er mars dernier dans d’étranges circonstances.
Son procès commence aujourd’hui devant un tribunal de Tunis. En signe de solidarité, 815 ( !) avocats se sont constitués pour le défendre.
Devant les juges, c’est évidemment un collège plus restreint qui occupera le banc de la défense. Le bâtonnier de Tunis, Me Abdessattar Ben Moussa assistera à ces débats, de même que de nombreux confrères étrangers. La section suisse d’Avocats sans frontière suit également cette affaire avec attention et s’est d’ores et déjà engagée en faveur de Me Abbou.
Selon l’association suisse Vérité-Action qui défend la cause des droits de l’homme en Tunisie, Me Mohamed Abbou a été capturé par la police politique tunisienne dans des conditions illégales, même en regard du droit pénal tunisien. Il a été appréhendé alors qu’il venait de regagner son domicile privé.
La seule accusation qui, semble-t-il, a été officiellement portée contre l’avocat, est contenue dans une commission rogatoire - dont nous détenons une copie traduite en français - signée par le juge d’instruction Faouzi Sassi.
Dans ce document, il est stipulé que Me Abbou est suspecté d’avoir commis divers délits de presse se rapportant à un article de l’avocat diffusé par Internet, article intitulé Abou Gharib de l’Irak et Abou Gharib de Tunisie (il s’agit en fait de la prison d’Abou Ghraïb en Irak).
Dans ce texte, Me Mohamed Abbou critique sévèrement les conditions carcérales en vigueur dans son pays. Il y dresse un parallèle entre les pénitenciers de Tunisie et la prison irakienne d’Abou Ghraïb au sein de laquelle des geôliers américains ont commis de graves sévices contre des prisonniers de guerre irakiens.
L’avocat genevois Sharam Dini, secrétaire général de la section suisse d’Avocats sans frontière, suit ce dossier et soutient son confrère tunisien :
« Il est inadmissible d’incarcérer un avocat qui n’a fait qu’user de son droit à la libre expression. Il est dans le rôle d’un défenseur de jeter un regard critique sur les institutions judiciaires et pénitentiaires de son pays. »
Repères
26 août 2004. Diffusion sur le site Internet « Tunisnews » de l’article de Me Mohamed Abbou sur les conditions carcérales en Tunisie.
28 février 2005. Sur ce même site, un autre article de Me Abbou est diffusé. Il a pour titre « Ben Ali - Sharon » et dresse un parallèle entre le président tunisien et le premier ministre israélien.
1er mars. Me Mohamed Abbou est arrêté à son domicile de Tunis vers 22 heures.
2 mars. Plusieurs avocats s’inquiètent de la disparition de leur confrère. Deux hauts magistrats leur répondent qu’aucune poursuite n’est entamée contre l’avocat. Dans l’après-midi, le juge d’instruction Faouzi Sassi annonce l’enquête contre Me Abbou. Ce dernier est détenu à Tunis avant d’être transféré et isolé à la prison du Kef, située à 170 kilomètres de la capitale.
2 mars, au soir. Environ 200 avocats se pressent au Palais de justice de Tunis pour y défendre leur confrère. Des incidents éclatent avec des policiers en civil. L’Association des magistrats tunisiens lance un communiqué pour protester contre l’action policière envers les avocats.
9 mars. Le Conseil de l’Ordre des avocats tunisiens demande à ses membres de faire grève. Selon cet organisme, 90% des avocats suivent ce mot d’ordre.
116 mars. 815 avocats se constituent pour défendre Me Abbou. (jnc) [1] |