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L’affaire Abbou marquera certainement un tournant dans le combat pour la liberté et la démocratie que mènent avec courage et dignité nombre de Tunisiens.
Le kidnapping puis le maintien en détention illégale et arbitraire de Mohamed Abbou fait partie désormais de ces grands évènements qui forgent le destin d’une nation... Des évènements qui ressemblent à des rituels auxquels recourent systématiquement les régimes autoritaires pour tester leur hégémonie et réaffirmer la subordination de leurs sujets selon un cérémonial d’usage.
L’arrestation de Mohamed Abbou était un test grandeur nature pour l’ensemble de la société civile en général, mais plus particulièrement aux avocats qui forment l’un des derniers bastions de résistance à l’Etat de non droit. Mettre au pas les avocats, revient à laisser libre court au règne de l’arbitraire et à banaliser l’injustice.
Mais c’était sans compter sur la fierté et la détermination d’avocats de tous bords, mobilisés comme ils ne l’ont jamais été pour défendre leur collègue et au-delà l’honneur de leur profession.
Par leur obstination et leur esprit de solidarité, les avocats tunisiens ont transformé le procès Abbou en procès du régime, poussant ce dernier à multiplier les erreurs (procès verbaux antidatés, transfert illégal et abusif de prison, agressions du bâtonnier et des avocats...) et changer de versions (chefs d’accusations qui vont de l’agression de collègue, à l’incitation à la haine, à la publication de fausses nouvelles...).
D’accusateur le régime est passé au banc des accusés. La grande offensive des avocats l’a ridiculisé et acculé à la défensive.
Mais l’heure de vérité s’approche. Le procès de Mohamed Abbou aura lieu dans une semaine, et les avocats sont appelés à poursuivre leur uvre : défendre le droit contre toutes les formes d’arbitraire.
Chers avocats, ce procès est un faux ! Vous le savez mieux que d’autres. Il vous appartient, et il vous incombe aussi, de ne pas dilapider les acquis des dernières semaines. On vous fait confiance quoique vous entreprendriez. Vous avez fait preuve d’un courage et d’une maîtrise qui forcent le respect. La dignité de votre combat l’emportera sur une supercherie des plus abjectes.
Le succès de votre action ne vous appartient plus. C’est désormais un bien collectif. Vous en êtes les dépositaires.
Chers avocats, vous êtes en train d’écrire une page importante de l’histoire de la Tunisie. Ecrivez la de la plus belle des façons.
Merci de nous avoir fait vibrer. Merci de nous avoir rendu espoir.
Paris, le 21 avril 2005
Chokri Hamrouni |