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Crée le 12/10/2005 à 16 h 00
Pour protester contre manque de liberté d’expression dans son pays, l’avocat Mohamed Abbou s’est... cousu les lèvres !
Il s’est imposé une censure plus forte encore que celle qui l’enfermait entre les quatre murs de la prison du Kef. De quatre points de suture, le journaliste tunisien Mohamed Abbou a muselé sa propre bouche. Se défigurer pour protester contre une incarcération innique : un nouveau moyen, pour cet avocat injustement condamné à une peine de trois ans et demi, de dénoncer les atteintes à la liberté d’expression dont les citoyens tunisiens sont de plus en plus victime.
C’est à la suite d’une grève de la faim de 4 jours, du 1er au 4 octobre, que Mohamed Abbou s’est mutilé à l’aide d’un fil et d’une aiguille. Remis de l’évanouissement qu’un tel geste provoque, il a demandé à voir sa femme en lui indiquant « de ne pas faire venir les enfants ». Il lui a alors tendu une lettre dans lequel il explique son geste par le besoin « d’attirer l’attention des opinions publiques nationales et internationales » sur la Tunisie et le « triste sort d’un peuple obligé de « la fermer » pour pouvoir manger et pour éviter les représailles d’une dictature des plus dangereuses ».
C’est justement pour ne pas « l’avoir fermée » que Mohamed Abbou a été condamné à cette geôle d’où il affirme connaître des conditions de détention inhumaines. Figure emblématique de la lutte pour le respect des droits humains, Maître Abbou, membre actif du Comité Directeur de l’Association des Jeunes Avocats de Tunisie, est connu dans son pays pour son engagement bénévole dans des affaires de délits d’opinion. Il est également l’un des seuls avocats tunisiens à avoir pris part à des procès dans lesquels des proches de la famille du président Ben Ali étaient accusés de corruption. D’où l’impression que son avocat, Ayadi Raous, a exprimée récemment : " Abbou est l’otage personnel de Ben Ali".
Un sentiment forcément renforcé par ses procès, que Reporters Sans Frontières a qualifié de « mascarades ». Déjà jugé en première instance le 29 avril, l’avocat avait vu sa peine de trois ans et demi de prison confirmée en appel le 10 juin dernier. Le chef d’inculpation principal était la prétendue agression sur une de ses consoeurs lors d’une conférence, en 2002. D’après sa collègue Radhia Nasraoui, "aucun élément tangible n’est venu appuyer cette accusation, à part une attestation médicale non signée et sans valeur juridique. De nombreux témoins auraient pu attester qu’aucune agression n’a été commise lors de cette conférence de 2002". La seconde accusation porte sur un article qu’Abbou aurait publié sur le site « Tunis news » en août 2004, dans lequel il comparait les tortures infligées dans les prisons tunisiennes aux exactions commises à Abou Ghraib.
Selon RSF, l’emprisonnement de maître Abbou est « symptomatique de la confiscation des libertés fondamentales aujourd’hui en Tunisie ». Pour dénoncer la dictature qui s’exerce en Tunisie, la journée du 21 septembre dernier a été décrétée « Journée Internationale pour la Libération de Mohamed Abbou » et des initiatives ont été organisées, en Tunisie et dans le reste du monde, pour exiger la libération de l’avocat. Une mobilisation qui n’a pas empêché Abbou de se coudre les lèvres, mais devrait néanmoins aider à rappeler son sort lors du prochain Sommet Mondial sur la Société de l’Information (SMSI), qui est parrainé par l’ONU et se tiendra en novembre 2005... à Tunis !
Auteur : Virginie Le Baler |