|
Un activiste bahreïni des droits de l’Homme, Abdel Hadi Al-Khawaja, détenu depuis septembre pour "incitation à la haine contre le régime", a comparu samedi devant la justice, au moment où la dissolution de son association par le gouvernement fait des remous à Bahreïn. A l’ouverture de son procès devant un tribunal pénal de Manama, M. Khawaja, menotté à son arrivée, s’est vu accusé "d’incitation à la haine contre le régime" et de "propagation de rumeurs sur des abus de pouvoir par des responsables gouvernementaux et le gouvernement". Le prévenu a récusé ces accusations et plaidé "non coupable". Ses avocats ont réclamé sa remise en liberté sous caution soutenant que les accusations retenues contre leur client étaient d’ordre "pénal et non criminel". "Khawaja doit être libéré. Il n’y a plus de justification à sa détention", a déclaré à l’AFP Me Mohammad Ahmed, l’un des trois avocats de la défense. De strictes mesures de sécurité ont été prises autour et dans la salle d’audience, où étaient présents des membres de la famille et des amis du prévenu ainsi que des personnalités politiques, dont cheikh Ali Salmane, chef de l’Association de l’entente nationale islamique, la principale formation politique des chiites, majoritaires à Bahreïn. Des dizaines de protestataires se sont rassemblés devant le tribunal, arborant des portraits de l’activiste et réclamant sa libération. Le président du tribunal a fixé la prochaine audience au 20 octobre. "En me présentant à la justice, le gouvernement aura fixé une ligne rouge" à l’activité politique dans le pays, a déclaré M. Khawaja dans un communiqué distribué à la presse. Dénonçant "l’absence de liberté d’expression", il ajoute qu’"il n’y a plus d’espoir pour la justice et l’équité du moment que le gouvernement est à la fois juge et partie". M. Khawaja est le vice-président du Centre bahreïni des droits de l’Homme que le gouvernement a dissous le 29 septembre pour avoir "contrevenu à la loi sur les Associations". Il a été arrêté, quelques jours auparavant, à la suite d’une conférence qu’il a donnée sur la pauvreté à Bahreïn et dans laquelle il a accusé les responsables de ce petit royaume du Golfe d’"abus de pouvoir". Ces mesures, qui se sont accompagnées de la fermeture temporaire du club culturel "Al-Ourouba" à Manama qui avait accueilli la conférence sur la pauvreté, ont provoqué des réactions de protestation. Des sit-in ont été organisés à Bahreïn par des réformistes et des activistes des droits de l’Homme, qui ont mis en circulation une pétition pour dénoncer l’arrestation de M. Khawaja. Vendredi, des dizaines de protestataires ont observé un sit-in, avec une veillée aux bougies, sur l’une des principales avenues de Manama, non loin du siège du gouvernement. Les États-unis, qui ont fait de Bahreïn un de leurs proches alliés dans le Golfe, dont ils ont salué son ouverture politique, ont pris ombrage de l’affaire de l’activiste. "Il y a eu de nombreuses évolutions très positives ces dernières années à Bahreïn et nous avons peur que cela ne représente un recul" dans la marche vers la démocratie, a déclaré en septembre le porte-parole du département d’État Richard Boucher. "Nous demandons de plus amples informations au gouvernement bahreïni" au sujet de la fermeture du Centre Bahreïni des droits de l’homme et l’arrestation de son vice-président, a-t-il dit. Le processus d’ouverture politique a été lancé sous la houlette du roi Hamad Ben Issa Al-Khalifa, qui a accédé au pouvoir à la mort de son père en mars 1999.
Agence France-Presse Bahrein - 17 - 10 - 2004 |