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Les procès en cour martiale de trois membres de la police militaire américaine inculpés pour des abus commis sur des prisonniers dans la prison irakienne d’Abou Ghraïb débutent cette semaine, sous étroite surveillance, à Bagdad. Le sergent Ivan Frederick comparaîtra mercredi sur la base militaire de Victory Camp tandis que le sergent Javal Davis et le "specialist" (officier technicien) Charles Graner seront entendus avant la fin de la semaine, a fait savoir l’armée dans un communiqué. Les avocats des trois hommes n’ont pas pu être contactés dans l’immédiat, mais les médias américains citent l’avocat de Frederick selon lequel ce dernier va plaider coupable de quatre chefs d’inculpation d’abus sur prisonniers, dont un pour agression et un autre pour acte indécent. Aucun responsable militaire à Bagdad n’a pu être contacté dans l’immédiat. Certains témoins devraient s’exprimer par téléconférence depuis les États-unis. L’armée a prolongé la mission de service actif de 14 autres réservistes susceptibles d’être appelés à comparaître comme témoins. Les abus commis à Abou Ghraïb, une prison connue pour ses exécutions et ses cas de torture sous Saddam Hussein, ont été mis au jour en avril avec la publication de photos montrant des prisonniers nus et cagoulés subissant des humiliations sexuelles et menacés avec des chiens, aux mains de leurs geôliers américains.
La hiérarchie militaire montrée du doigt
Une enquête avait été diligentée sur cette affaire et ses auteurs, dirigés par l’ancien secrétaire à la Défense James Schlesinger, avaient accusé la chaîne de commandement militaire, en partant du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld jusqu’aux simples soldats, d’avoir créé par négligence ou par manque de supervision les conditions propices à de tels abus. En tout, sept membres de la police militaire et un soldat membre des services secrets ont été inculpés pour avoir commis des abus sur des prisonniers irakiens dans cette affaire, qui a suscité l’indignation de la communauté internationale, et tout particulièrement du monde arabe. Parmi eux, on compte notamment Lynndie England, une soldate présente sur plusieurs des photos montrant les prisonniers d’Abou Ghraïb. Elle a mis au monde la semaine dernière un enfant dont Graner est le père. Le mois dernier, le premier membre du renseignement militaire américain à avoir été traduit en cour martiale pour le scandale d’Abou Ghraïb, le "specialist" Armin Cruz, 24 ans, a été condamné à huit mois d’emprisonnement, à une dégradation et à une démobilisation pour mauvaise conduite. Cruz avait plaidé coupable de mauvais traitements et complot en vue de maltraiter des détenus. C’est le deuxième militaire à être traduit en justice dans cette affaire. Le premier, Jeremy Sivits, avait plaidé coupable en cour martiale en mai à Bagdad, et avait été condamné à un an d’emprisonnement. Le Pentagone soutient que ces abus ont été le fait de quelques éléments isolés de la police militaire agissant de leur propre initiative, et non sur les ordres des officiers du renseignement.
Terry Friel Reuters - Bagdad 19 - 10 - 2004 |