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Vous avez parlé plus bas du système éducatif tunisien, et je m’étonne vraiment qu’on puisse le trouver efficace. Personnellement, je trouve le système d’éducation nul ! C’est un système qui est loin de sélectionner les meilleurs. C’est un système qui sélectionne bêtement ceux qui sont les plus chanceux, les plus favorisés par la situation (sociale, financière) de leur famille. J’ai franchi toutes les barrières de cette sélection avec succès, et pourtant, je suis persuadée de n’avoir aucun mérite, et de n’être pas mieux que d’autres qui ont, eux, échoué. J’ai tout simplement la chance d’avoir une famille stable, pas pauvre, et des parents assez cultivés, qui ont su me faire aimer les études, car ce ne sont pas du tout les instit et profs que j’ai eu qui auraient pu me transmettre une quelconque passion du savoir. Mais ce n’est pas forcément aux enseignants qu’il faut en vouloir. C’est justement le système qui est défaillant. Depuis l’école primaire et jusqu’à l’obtention de mon diplôme d’ingénieur, j’ai vu le profil des élèves et étudiants se préciser peu à peu : il y avait, au fil des années, de moins en moins d’enfants de pauvres. Au lycée (et j’étais dans un lycée pilote, en plus !), c’était flagrant : en première année, on trouvait des fils de cordonniers, de femmes de ménage... en terminale, j’avais les parents les plus "pauvres" : ils ne sont que professeurs de lycée !! En école d’ingénieur, c’est le comble. Surtout que tout est à la charge des étudiants. Mon père aime à me rappeler que quand il était étudiant, il ne vivait que de sa bourse, et qu’il en donnait même une partie à ses parents. Sauf que voilà : en 30 ans, la bourse d’étudiant en Tunisie n’a augmenté que de 10 dinars. Je me pose tout le temps la question : comment fait un étudiant dont les parents sont vraiment pauvres, pour vivre avec 50 dinars par mois. En sachant qu’il faut payer le loyer, l’inscription, le transport, la bouffe, et les fameuses photocopies !!! Parce que je n’ai jamais voulu gêner mes camarades en leur posant une telle question, cela demeure un mystère pour moi. Où est l’efficacité de ce système ? L’enseignement public est sensé offrir les mêmes chances de réussite à tous. Je trouve que le nôtre est particulièrement défaillant, car il abandonne, il rejette les plus faibles, qui sont généralement les plus pauvres. Ainsi on reproduit indéfiniment des schémas familiaux, où le fils de pauvre sera très probablement pauvre, parce qu’il aura eu infiniment moins de chance de réussir ses études que l’enfant d’une famille aisée et stable. Le système de lycées pilotes par exemple, devrait plutôt être réservé aux plus faibles, aux plus fragiles, car se sont eux qui ont le plus besoin d’un encadrement intensif, de conditions très favorables au lycée, pour compenser les conditions difficiles qu’ils peuvent vivre chez eux, et les lacunes qu’ils ont. Elle est là l’injustice : le système donne plus de faveur à ceux qui sont déjà favorisés. C’est d’une absurdité extrême ! Et qu’on ne nous parle pas d’élite, car ce n’est que mensonge. Ces lycées fabriquent d’éternels enfants gâtés, incapables d’autonomie et de débrouillardise. On a un système qui fait de la "sélection naturelle", sans plus ! Quant au contenu des programmes, et la manière avec laquelle sont faits les enseignements, nous en savons tous quelque chose. Nous avons tous eu des profs de maths soûlants, incapables de transmettre quelque connaissance que ce soit ! Et le système des coefficients !! Quelle bêtise ! Cela a fait des "scientifiques" des gens à peine capables de s’exprimer, et des littéraires des gens à peine capables de logique. Ce système produit au mieux des robots ("techniciens"), et le plus souvent, des chômeurs. Où est-elle, l’efficacité dont on parle ? Quand un maîtrisard est quasi certain qu’il en aura encore pour des années de mendicité auprès de ses parents ? Un système qui produit des chômeurs, parce qu’il est incapable de satisfaire les besoins professionnels du pays, peut-il être qualifié d’efficace ? |