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 L’Italie a opté pour la manière forte pour tenter de dissuader les immigrants d’embarquer clandestinement en Libye ou en Tunisie, et poursuivait non-stop lundi ses expulsions collectives par avion. Dans la nuit de samedi à dimanche un bateau transportant 75 immigrants clandestins (70 Marocains et 5 Tunisiens) a chaviré au large des côtes tunisiennes, faisant 17 noyés et 47 disparus, tandis que 11 personnes ont pu être sauvées par la marine, annonce lundi l’agence tunisienne TAP (officielle). Le but affiché par le ministère italien de l’Intérieur, sourd aux critiques des défenseurs des droits de l’Homme qui déplorent une entorse au droit d’asile, est de faire savoir aux intéressés qu’un retour immédiat à la case départ les attend désormais à leur arrivée. "Renvoyer les sans papiers par avion est une méthode que nous utiliserons de manière croissante pour décourager les clandestins de partir vers l’Italie", a averti le sous-secrétaire d’État à l’Intérieur, Alfredo Mantovano, dans une interview parue lundi. L’Italie a affrété depuis vendredi une dizaine de vols pour renvoyer en Libye des personnes arrivées illégalement par la mer dans l’île sicilienne de Lampedusa ou recueillies au large de la petite île, proche des côtes africaines. Elle s’apprêtait à poursuivre ce pont aérien lundi après-midi pour désengorger le centre dit de "premier accueil" de l’île, au bord de l’asphyxie avec encore 800 personnes présentes lundi matin pour quelque 200 places, a indiqué à l’AFP une source policière. Rien ne semble en effet devoir décourager les immigrants fuyant la misère économique, le manque d’emplois ou l’insécurité en Afrique : ni le prix à payer aux trafiquants, ni les dangers de la traversée illustrés par un nouveau naufrage dramatique au large de la Tunisie, qui a fait 17 noyés et 47 disparus dans la nuit de samedi à dimanche parmi un groupe de 75 Marocains et Tunisiens. Une heure après son départ, le bateau surchargé s’est littéralement fendu en deux, selon des témoins cités par l’agence officielle tunisienne de presse. Par vagues successives, des centaines de sans papier ne cessent de débarquer à Lampedusa presque chaque jour depuis cet été. Lundi, deux nouveaux bateaux progressant vers l’île ont été repérés, l’un d’environ 150 occupants et l’autre, un petit pneumatique de cinq mètres, avec une trentaine de personnes. L’Italie presse depuis plus d’un an le régime du colonel Kadhafi de réprimer les marchands de clandestins opérant sur ses côtes. Dans l’impossibilité de créer des patrouilles communes, comme cela se fait avec succès depuis 1997 au large de l’Albanie, Rome s’est entendu fin septembre avec Tripoli sur le principe d’une coopération renforcée. "Les premiers résultats se verront au printemps prochain", a poursuivi M. Mantovano, en invitant à la "patience". "Bientôt, des centres d’accueil entreront en service en Libye", a-t-il ajouté. "Outre les bonnes conditions météo, on assiste à un phénomène typique des périodes précédant les amnisties où les délits augmentent : les organisations criminelles qui contrôlent les traversées tentent le tout pour le tout pour faire arriver les extracommunautaires en Italie", a-t-il analysé. En Italie, la méthode expéditive inédite employée par le gouvernement ne va pas sans provoquer des reproches, de la part d’organisations prix Nobel de la paix comme Amnesty International ou Médecins sans frontières. "N’oublions pas notre propre histoire d’émigrants", a déclaré le ministre des Italiens de l’étranger, Mirko Tremaglia, regrettant "des mesures d’urgence un peu trop improvisées". "Ils n’ont même pas le temps de demander l’asile", a-t-il remarqué. "Je comprends que l’évaluation de chaque dossier particulier mettrait en crise les autorités de Lampedusa (...) mais la Libye n’a même pas signé la convention de Genève" sur le droit d’asile, a remarqué Bruno Nascimbene, professeur de droit communautaire.
Agence France-Presse Rome - 04 - 10 - 2004 |