|

Les autorités italiennes ont observé une pause mardi dans le pont aérien mis en place depuis vendredi pour reconduire en Libye des centaines d’immigrés clandestins arrivés ces derniers jours à Lampedusa alors qu’aucune nouvelle embarcation n’était en vue de l’île. "Aucun vol ne sera organisé mardi après-midi pour reconduire des immigrés clandestins en Libye", a déclaré à l’AFP le capitaine des carabiniers Giordano Crocifisso, envoyé par la préfecture d’Agrigente (sud de la Sicile) pour gérer la situation d’urgence à Lampedusa. Plus tôt dans la matinée, le capitaine avait indiqué que deux vols étaient prévus pour transporter 90 personnes chacun comme depuis le début du pont aérien vers la Libye vendredi dernier. Le centre d’hébergement temporaire de l’île abritait toujours mardi un peu plus de 500 personnes, pour une capacité de 190 places, a indiqué son directeur Claudio Scalia, loin toutefois des quelque 1.300 personnes recueillies ce week-end. Le délégué du Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies, Juergen Humburg, a quitté l’île où il se trouvait depuis samedi sans avoir pu accéder au centre. "Le ministère de l’Intérieur n’a pas rejeté formellement notre demande de visite, il ne nous a même pas répondu. Après quatre jours, nous considérons que c’est un refus de fait", a affirmé M. Humburg à l’AFP. "Nous sommes préoccupés car parmi les personnes renvoyées, il y en avait peut-être qui avaient le droit de déposer une demande d’asile. Il y a eu un obstacle à notre mandat", a-t-il ajouté. "Nous ne savons pas non plus ce qu’il advient de ces personnes après leur retour en Libye mais ce pays n’a pas signé la Convention de Genève sur les réfugiés et n’offre pas les garanties nécessaires", a-t-il ajouté. M. Humburg a souligné que par le passé, le HCR n’avait pas eu de problème pour avoir accès aux centres d’hébergement des clandestins. "Pour la première fois, en juillet, nous n’avons pas pu voir, à Caltanisetta en Sicile, les immigrés clandestins recueillis par le "Cap Anamur" (un bateau d’une organisation humanitaire allemande, ndlr) mais nous pensions que c’était une exception", a affirmé le délégué du HCR. Pour sa part, le commandant de la capitainerie du port, Michele Niosi, a indiqué qu’aucune nouvelle embarcation de clandestins n’était en vue de l’île mardi. "La situation s’est un peu stabilisée après l’onde de choc du week-end", a-t-il dit dans un entretien à l’AFP, "aussi grâce à l’accord avec la Tunisie, lundi, qui a pris en charge une embarcation de quelque 150 clandestins". "Depuis mardi, une vaste zone au sud de l’île est sous haute surveillance dans le cadre d’un exercice international baptisé "Neptune 3" qui durera jusqu’au 10 octobre et était programmé de longue date", a-t-il expliqué. "D’importants moyens navals et aériens italiens et maltais, accompagnés d’observateurs de Slovénie, d’Espagne et de Grande-Bretagne, patrouillent à 50 milles de la côte tunisienne et à 50 milles de la côte de Malte", a précisé le commandant Niosi, "et aucun bateau de clandestins n’a été repéré". Sur le plan intérieur, la polémique ne s’est pas apaisée. "Les immigrés ont été traités sans le moindre respect des conventions internationales, ont eu les poignets entravés comme des criminels", a déploré le député Pietro Folena, membre des Démocrates de gauche, première force de l’opposition. Les immigrés refoulés devaient parcourir à pied quelques centaines de mètres séparant le centre d’hébergement du tarmac de l’aéroport avant d’embarquer vers la Libye. "La réputation de l’Italie est entachée d’un délit contre les droits de l’homme", a estimé M. Folena.
Agence France-Presse Lampedusa- 05-10-2004 |