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Jalel et Nejib Zoghlami agressés et emprisonnés, leur ami Lumumba Mohseni recherché par la police.

Á quelques semaines de la tenue des élections présidentielles et législatives, Jalel Zoghlami, rédacteur en chef de « Kaws El Krama », son frère Nejib Zoghlami et leur ami Lumumba Mohseni ont été arrêtés par la police tunisienne. L’entourage des trois militants soutient avec force que cette arrestation est en fait consécutive à un scénario monté de toutes pièces dans lequel Jalel, Nejib et Lumumba ont été l’objet d’une provocation grossière suivie d’une agression physique, ponctuée par une arrestation arbitraire. Alors même que leurs agresseurs n’ont pas été inquiétés, le procureur général a ordonné l’emprisonnement de Jalel et ses deux compagnons avec trois chefs d’accusation : destruction du bien d’autrui, port d’armes blanches et violence. Leur jugement interviendra le 28 octobre 2004 (quelques jours APRÈS le déroulement des élections !!) Plusieurs organisations, personnalités et défenseurs des droits de l’Homme se sont élevés contre cette injustice et ont dénoncé avec vigueur ce nouvel épisode de harcèlement des militants politiques. Un collectif international pour la libération de Jalel Zoghlami et ses compagnons a été mis en place ; Le CRLDHT apporte son soutien aux trois militants et demande leur libération immédiate. Le Comité réaffirme avec force qu’au moment même où des centaines de prisonniers d’opinion continuent de croupir dans les prisons, où des militants et leurs familles continuent à être harcelés et où d’autres vivent la souffrance de l’exil, la vigilance, la solidarité active et la convergence de tous les démocrates en faveur du soutien de tous ceux à qui on dénie les droits fondamentaux doivent être les principaux soucis communs. L’appel, ci-dessous, de Taoufik Ben Brik décrit l’amertume qui frappe les Tunisiens à qui, voilà deux ans, le régime de Ben Ali a usurpé la citoyenneté et la dignité par un référendum-plébiscite. Il réfute la tentation de l’exil ou de l’enfermement intérieur auquel le régime policier de Mr Ben Ali réduit les femmes et hommes libres de ce pays. C’est à cela que les prédateurs du régime veulent arriver : imposer le silence par tout moyen pour avoir les mains libres à l’abri des regards et des curieux. La solidarité avec les insoumis doit s’amplifier. L’acharnement policier et répressif qui les vise doit être décrié et dénoncé face à un régime qui a perdu tout simplement le sens des intérêts supérieurs du pays en asservissant l’État et les biens publics au profit d’un pouvoir personnel, et autoritaire.
CRLDHT Paris, le 5 octobre 2004
L’appel de Taoufik Ben Brik

Il y a des idées qui vous traversent l’esprit comme les hérissons traversent la route. Sans raison. Le plus souvent écrabouillées par le gros camion. Pas toutes. Certaines survivent, persistent et saignent. Et dansent. La dissidence danse. Et parce que Jalel et Nejib, mes deux frères ont voulu faire danser la dissidence, ils ont été écrabouillés par le gros camion. Il leur a concocté les procès de délits communs pour brouiller les esprits et éloigner d’eux les cercles de solidarité. Heureusement, il y a des guetteurs qui s’attendent à l’inattendu et ne baissent pas le bras. Toute leur vie, Nejib et Jalel ont voulu être des hommes libres. Ici commence le premier jour du reste de leur vie. Ils sont en prison. Mais libres. A condition de faire de leurs mésaventures des ailes, pas du plomb. Ce premier virage, où le régime de Ben Ali cherche à donner de nous l’image de « malfrats » sera vite oublié. Passée la première dune, agrippés les premiers barbelés, écopés les premiers tirs, on va franchir la ligne d’arrivée. Et alors ? Ce « et alors » vous prend sans prévenir. Et que peut-on faire ? On ne peut rien faire. De l’indignation à l’impuissance, de l’impuissance au ressentiment, voilà le terrain propice à toutes les infamies. A toutes les peurs. A notre goût immodéré pour la servitude volontaire. La Boêtie pose la question qui vaut aujourd’hui : « pourquoi se laisser asservir alors que nous sommes nés libres ? » Les habits neufs dont Ben Ali s’était affublé deviennent transparents. On ne voit que l’ignominie au travers. Du rien. « Les peuples n’ont jamais que le degré de liberté que leur audace conquiert sur la peur » disait un sage. Vite alors, trouvons le plus grand mur possible pour y inscrire ce proverbe : « FAUT-IL ATTENDRE D’ÊTRE VAINCU POUR CHANGER ? »
Tunis le 5 octobre 2004 Taoufik Ben Brik
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