|

A l’approche des élections présidentielles et législatives en Tunisie (le 24 octobre prochain), l’Union des Tunisiens en Suisse (UTS) et le Comité Tunisie en Suisse (CTS) ont organisé une conférence-débat à Genève, ce samedi 24 septembre à laquelle étaient conviés Khaled M’Barek, Coordinateur du centre d’information et de documentation sur la torture (CIDT), Abdelwahab Maatar, avocat à Tunis, universitaire et vice-président du parti non reconnu, le Congrès pour la République, (CPR), et le Dr. Moncef Marzouki, président du CPR, ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), exilé à Paris depuis 2002.
Dans son intervention, Khaled M’Barek a rappelé l’utilisation systématique de la torture par le pouvoir tunisien durant de longues années, de la manière la plus abjecte. D’après lui, les Tunisiens ont fini par intérioriser cette torture et ainsi il n’y a plus aujourd’hui personne à torturer. C’est pourquoi le régime de Ben Ali a passé à la tortiocratie, c’est à dire la torture intellectuelle, psychique et administrative en maintenant les gens dans un système répressif, autocratique et totalitaire.
Quant à Abdelwahab Maatar, il a démontré la non-constitutionnalité des élections du 24 octobre prochain puisque le recours gracieux qu’il a déposé auprès du Conseil constitutionnel de Tunis, au nom de plusieurs citoyens, et concernant l’illégalité du referendum de 2002, permettant à Ben Ali de se représenter en 2004 aux élections présidentielles, n’a pas encore reçu de réponse de la part de la justice. Me Maatar a rappelé que le pouvoir destourien et la candidature de Ben Ali ne respectent même pas la loi érigée par le régime en place qui fait et défait la Constitution comme bon lui semble, pour s’éterniser à la tête de l’État. Il a aussi dénoncé la réforme de la Constitution de 1988 qui a déjà commencé par légaliser le pouvoir personnel et répressif.
Enfin, dans un style mariant la rigueur scientifique et la maîtrise de la situation politique, Moncef Marzouki a brassé un tableau sombre de la situation en Tunisie en insistant sur le règne de l’arbitraire et de la répression. Après avoir rappelé le simulacre des élections de 1989, 1994, 1999 et 2002, durant lesquelles Ben Ali a toujours été plébiscité avec 99% des voix, il a dénoncé l’illégalité, l’immoralité et l’illégitimité des élections du 24 octobre prochain. Selon lui, Ben Ali utilise la primauté de la force sur le droit, se sert de la propagande démocratique pour instaurer la dictature et la vraie démocratie. C’est pourquoi la véritable pluralité ne peut s’instaurer qu’après son départ du pouvoir. En annonçant son retour au pays le 29 septembre pour participer activement à la campagne anti-Ben Ali à propos des prochaines élections, il a appelé les Suisses à rester vigilants pour tous les dangers qu’il encourt et à aider les Tunisiens à recouvrir leur liberté.
Comme d’habitude, durant le débat public, quelques valets du pouvoir destourien et deux avocats du sérail ont cherché à perturber cette réunion en usant des mensonges et d’amalgames de déformation de l’histoire et de malhonnêteté intellectuelle, comme le fait de nier l’illégitimité du pouvoir et le viol constant de la Constitution en Tunisie. Mais aussi bien les conférenciers, que l’écrasante majorité des présents dans la salle bondée de l’hôtel le Warwick à Genève, ont su les confondre par le recours à la réalité objective, aux faits concrets et à la pratique flagrante d’un pouvoir oppressif et arbitraire.
Hocine Ghali journaliste et membre fondateur de l’Union des Tunisiens en Suisse |