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Plusieurs femmes européennes ont été violées au cours des récentes journées de violences qu’a connues Abidjan, a déclaré jeudi un responsable de l’armée française en Côte d’Ivoire. "C’est confirmé, les faits sont avérés", a déclaré le colonel Henry Aussavy, porte-parole du contingent français en Côte d’Ivoire. Installés dans des centres de l’armée française et des Nations unies en attendant d’être évacués, des ressortissants étrangers ont dit avoir entendu des informations selon lesquelles au moins trois femmes auraient été violées, dont une Française et une femme originaire d’Europe de l’Est. "J’ai passé mes vêtements à deux femmes. Elles nous ont dit qu’elles avaient été violées", a déclaré à Reuters Annick Marcellesi, une Française âgée de 49 ans. D’autres informations font état des meurtres de quatre à six étrangers à Abidjan, mais Aussavy a dit ne pas être en mesure de les confirmer.
Reuters - Abidjan 11 - 11 - 2004
La Côte d’Ivoire veut une enquête sur des violences françaises
La Côte d’Ivoire a fait savoir jeudi qu’elle réclamait une enquête internationale sur ce qu’elle considère comme des violations des droits de l’homme et du droit international imputables à des soldats français sur son territoire. Dans un communiqué, la ministre des Droits de l’homme, Victorine Wodié, engage aussi l’État de Côte d’Ivoire à saisir de cette question la Cour internationale de justice. Le communiqué, qui a été diffusé à la télévision nationale, met en cause la force française "Licorne" dans la mort de manifestants non armés. Les autorités ivoiriennes affirment que des soldats français ont touché par balles 54 personnes en quatre jours de violences à travers le pays. Les troupes françaises qui encadrent l’évacuation de centaines d’étrangers de Côte d’Ivoire ont déclaré jeudi que plusieurs femmes européennes avaient été violées au cours des récentes journées de violences qu’a connues Abidjan. D’autres informations font état des meurtres de quatre à six étrangers à Abidjan, mais un porte-parole de l’armée française a dit ne pas être en mesure de les confirmer.
Reuters - Abidjan 11 - 11 - 2004

L’exode des Français de Côte d’Ivoire se poursuit
Les Français de Côte d’Ivoire ont continué jeudi à fuir le pays alors que des opposants ivoiriens se sont rendus en Afrique du Sud pour des discussions sur les moyens de sauver ce pays et l’ensemble de la sous-région du chaos. Quelque 300 Français et étrangers se sont envolés en plus des 800 qui étaient partis mercredi de cet ancien pays-phare de l’ex-empire colonial français d’Afrique de l’Ouest. "On n’aura jamais plus le même regard. Il y aura toujours cette cicatrice. Ce qui m’a fait le plus peur, c’est qu’une guerre civile explose du style du Rwanda. On part vers ça ", a prédit Stéphane Mira, un Français de 40 ans qui était directeur des ventes chez Goodyeare et s’en va avec son épouse et leur fils de 13 ans. "Je suis né ici", a raconté pour sa part Jean Yapis, un métis franco-ivoirien. "J’ai failli être lynché. A partir de maintenant, je ne me dis plus Ivoirien, je suis Français." Les soldats français de l’opération "Licorne" utilisaient jeudi l’hôtel du Golfe, au bord de la lagune, comme centre de regroupement pour évacuer par bateau les Français vers le camp du 43e BIMa attenant à l’aéoport international. Un semblant de normalité est revenu jeudi dans la cité lagunaire aux allures de Manhattan tropical, certains magasins rouvrant leurs portes et les taxis orange refaisant surface dans les rues. Les groupes de militants rassemblés aux abords de la résidence officielle du président Laurent Gbagbo et du siège de la radio-télévision d’Etat RTI ont diminué en importance dans le quartier huppé de Cocody, sur la rive nord de la lagune Ebrié. Les manifestants continuaient toutefois à scander des slogans antifrançais accusant Paris de se comporter en "puissance occupante" et de chercher à renverser le chef de l’État. Dans les deux grands ports d’exportation, Abidjan et San Pedro, plus à l’ouest, les camions transportant les précieuses fèves de cacao venues de brousse ont pu être à nouveau déchargées après plusieurs jours de paralysie due aux troubles. Washington a indiqué être prêt à payer pour rapatrier des diplomates américains dont la mission n’est pas jugée essentielle et des militaires britanniques étaient à Abidjan pour venir en aide à leurs compatriotes dans un pays coupé en deux depuis le début de la guerre civile en 2002. A Londres, le ministère de la Défense a annoncé qu’environ 400 ressortissants de Grande-Bretagne et d’autres pays allaient être évacués dans les jours à venir avec l’assistance sur place de quelque 300 militaires et l’envoi dans la région d’un bâtiment de la Royal Navy. La mission de l’Onu en Côte d’Ivoire a, quant à elle, évacué par avion au Ghana voisin les membres de son personnel jugés non essentiels.
Opposants ivoiriens à Pretoria
Les partisans du président Laurent Gbagbo, furieux que la France ait détruit leurs forces aériennes, ont chassé de leurs maisons des citoyens français et d’autres étrangers pendant deux jours de violences. La France a détruit deux avions de chasse et des hélicoptères après que neuf de ses soldats eurent été tués lors d’une offensive aérienne dans le nord du pays aux mains des rebelles. Les dirigeants des deux poids lourds du continent africain, l’Afrique du Sud et le Nigeria, s’emploient de leur côté à tenter de mettre un terme au conflit. Ils ont organisé des pourparlers de paix, appelé à un sommet ouest-africain et proposé le déploiement d’une force de maintien de la paix. Les dirigeants africains craignent une nouvelle guerre dans un pays qui partage des frontières avec le Liberia, la Guinée, le Mali, le Burkina Faso et le Ghana et qui pourrait déstabiliser cette région. Plusieurs chefs de l’opposition ivoirienne, dont l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara et Alphonse Djedjé Mady, secrétaire général du PDCI (ex-pari unique), sont arrivés à Pretoria. En revanche, un porte-parole de la présidence sud-africaine a fait savoir que, contrairement à ce qui avait été précédemment annoncé, Guillaume Soro, chef politique de la rébellion des Forces nouvelles, n’était pas présent à Pretoria. Les dirigeants de l’opposition ivoirienne ont été reçus individuellement jeudi par le président sud-africain Thabo Mbeki, qui a entrepris une médiation au nom de l’Union africaine. Ce dernier, qui était en milieu de semaine à Abidjan, se rendra vendredi au Caire pour les funérailles de Yasser Arafat mais regagnera Prétoria pour de nouvelles discussions inter-ivoiriennes le cas échéant. En outre, le président nigérian Olusegun Obasanjo, président en exercice de l’UA, s’efforce de son côté d’organiser un sommet extraordinaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). L’Afrique du Sud a demandé au Conseil de sécurité des Nations Unies d’attendre avant de voter des sanctions contre la Côte d’Ivoire pour laisser aux dirigeants du continent une chance de régler la crise de manière pacifique. Les relations entre Gbagbo et Paris sont toujours tendues, la ministre française de la Défense, Michelle Alliot-Marie, accusant les partisans de Gbagbo d’attiser le sentiment antifrançais. La Côte d’Ivoire affirme que les militaires français de "Turquoise", au nombre de 5.000, se comportent en "force d’occupation". Le coordinateur des services médicaux du gouvernement ivoirien, Richard Kadio, a déclaré mercredi que 54 personnes étaient décédées des suites des blessures par balles infligées par des soldats français, ajoutant que 1.266 personnes avaient été blessées.
Loucoumane Coulibaly Reuters - Abidjan 11 - 11 - 2004 |