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 TUNIS (AFP) - 12/12/2004 - Sfax et Gabès, cités industrielles du sud de la Tunisie, s’apprêtent à lancer un vaste chantier de dépollution de leur littoral qui a subi pendant trois décennies les rejets des usines de transformation de phosphate.
Les quelque 500.000 habitants de la région se réjouissent à l’idée de renouer avec un littoral propre débarrassé des rejets du phosphogypse, un résidu polluant aux effets dévastateurs sur la vie marine.
Le projet, qui implique le Groupe chimique tunisien (d’Etat) est cofinancé à hauteur de 79 millions d’euros par la Banque Européenne d’Investissement (BEI) et fait partie d’un plan national pour améliorer la qualité de l’environnement sur le littoral tunisien long de 1.300 km.
Avec le projet de Taparura, du nom de l’ancien site romain aux vestiges peu nombreux, les habitants de Sfax devraient retrouver les plages et renouer avec les activités côtières qui leur avaient été rendues impossibles : la zone polluée par les industries étant devenue une véritable barrière privant la deuxième ville de Tunisie de son accès direct à la mer.
Le gouvernement tunisien a lancé cette semaine un appel d’offres pour le grand chantier de Taparura en vue des travaux de "dépollution, d’isolement du dépôt de phosphogypse, de dragage, de remblaiement hydraulique, de terrassement et de génie civil".
Le chantier permettra le nettoyage de 445 hectares, y compris l’excavation de quelque 4 millions de m3 de phosphogypse, ainsi que la construction d’ouvrage de protection contre l’érosion marine et les inondations.
Dans une seconde phase, le site sera viabilisé sur 250 hectares destinés à abriter des espaces verts, des logements, équipements collectifs, touristiques et de loisirs.
Plus au sud, la ville de Gabès, identifiée par une étude de la BEI et de la Banque Mondiale comme l’une des villes les plus polluées du bassin méditerranéen, devra être débarrassée d’ici 4 ans des quelque 8 millions de tonnes de rejets déversés chaque année à la mer.
Connu comme une frayère de la Méditerranée, le golfe de Gabès risque de devenir un désert s’il continue d’absorber le phosphogypse rejeté à la mer par les usines de transformation de phosphate.
La dépollution de Gabès coûtera 100 millions d’euros, dont 45 millions venant de la BEI, et consiste à évacuer les déchets sur un site plus approprié.
Les spécialistes ont retenu l’option du stockage des résidus plutôt que leur recyclage qui ne donnait pas de résultats satisfaisants.
Les grands chantiers d’assainissement de Sfax et Gabès font suite à l’aménagement des berges nord et sud du lac de Tunis, un projet qui a permis de récupérer plus de 2.000 hectares sur la mer et d’y construire un pôle résidentiel et de loisirs très apprécié.
Pour le littoral nord, le Fonds Mondial pour la Nature (WWF) a proposé ses services pour la création d’un "réseau de zones protégées" en Kroumirie, région montagneuse du nord-ouest, "un des écosystèmes les plus riches de la Méditerranée".
Faouzi Maamouri, représentant du WWF a salué la décision "heureuse" de dépolluer la zone de Taparura, notant que le Golfe de Gabès est non seulement une frayère, mais une zone d’hivernage pour quelque 200.000 oiseaux d’eau.
L’Agence française de développement (AFD) vient, de son côté, d’accorder une subvention du Fonds français pour l’environnement mondial pour la création d’une aire protégée sur l’archipel de La Galite, au large du littoral nord de la Tunisie.
Ce projet inaugure, selon l’AFD, un réseau d’aires marines et côtières protégées pour préserver la biodiversité et les écosystèmes au sud de la Méditerranée. |