PEKIN (AFP) - 13/12/2004 - Déjà premier exportateur d’habillement avec 28% du marché mondial, la Chine sera le grand gagnant de la fin des quotas textiles, forte d’une industrie compétitive, d’une main d’oeuvre bon marché et d’un taux de change favorable.
Grâce à l’élimination de quotas sur 87 catégories de produits, la Chine a déjà vu ses exportations de textiles passer de 53,3 milliards de dollars en 2001 à 80,4 milliards en 2003, soit une augmentation de 51% en deux ans.
Au 1er janvier, les quotas vont être abolis sur 126 autres produits qui représentent environ 60% des importations américaines et européennes.
Pour les seuls Etats-Unis, le marché supplémentaire est estimé à 76 milliards de dollars.
Les entreprises chinoises sont prêtes à profiter de l’aubaine. "En déplaçant notre centre de marketing à New-York, nous allons pouvoir rapidement étendre notre présence aux Etats-Unis", affirmait récemment Yu Xiangfeng, directeur de Loftex Industries, l’un des principaux exportateurs du secteur, à l’hebdomadaire China Business Weekly.
La fin de l’Accord multi-fibres de 1975, dont Pékin n’était pas signataire, met un terme, aux yeux des Chinois, à une mesure discriminatoire qui bénéficiait à certains pays moins avancés (PMA) à son détriment.
"Du point de vue de l’équité commerciale, la suppression des quotas est un progrès", a déclaré à l’AFP Yang Donghui, vice-président de la Fédération chinoise de l’industrie textile.
Ce responsable explique que "par rapport à d’autres pays, les produits chinois sont performants et bon marché".
La Chine, qui exporte le tiers de sa production de textiles, profite également de la faiblesse du dollar, auquel sa monnaie est liée par une parité quasi-fixe depuis dix ans.
Pour limiter les effets de la levée de quotas sur ses fournisseurs traditionnels comme la Turquie, la Tunisie ou l’île Maurice, l’Union européenne (UE) a supprimé des tarifs douaniers préférentiels accordés aux textiles chinois.
"Cette mesure unilatérale n’est pas conforme aux engagements de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) vis-à-vis des pays en développement", selon M. Yang.
Ce partisan chevronné de la mondialisation déclare que "certaines sociétés américaines disent avec raison qu’elles ne choisissent pas un pays mais une entreprise, en fonction de la qualité et du prix de ses produits".
Pour tenter de rassurer les partenaires commerciaux de Pékin et d’échapper aux clauses de sauvegarde qu’ils peuvent imposer jusqu’en 2008, le ministère du Commerce a annoncé lundi que des droits à l’exportation allaient être imposés sur certaines catégories de produits textiles.
Les entreprises du secteur, fortement concentrées à Shanghai, dans les provinces orientales du Jiangsu et du Zhejiang et dans le Guangdong (sud), sont souvent de dimension modeste et beaucoup travaillent en sous-traitance pour des marques internationales.
La production est parfois hautement spécialisée. Le bourg de Lishui dans le Guangdong a ainsi produit l’an dernier 560 millions de paires de chaussettes, dont 58,3% ont été exportées pour 185 millions de dollars.
Mais Lishui risque de souffrir alors que les Etats-Unis ont fait jouer une clause de sauvegarde limitant les importations de chaussettes chinoises.
Enfin, la grande faiblesse de la Chine est l’absence de notoriété de ses propres marques, alors même que les marges bénéficiaires sont faibles pour les producteurs, face à des acheteurs et distributeurs qui font jouer à fond la concurrence.
"Il nous faudra encore consacrer beaucoup de temps et beaucoup de ressources pour établir nos propres marques", prédit M. Yang. |