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Pendant la dernière élection présidentielle tunisienne
la concurrence était tellement serrée que les
électeurs ont dû retourner aux bureaux de vote pour un
deuxième tour. Mme Ahlem Ettounsi, une candidate de
dernière minute au premier tour, a surpris tous les observateurs,
tunisiens et étrangers, par sa fulgurante ascension.
Cette femme de 44 ans, juriste de formation, a
inauguré depuis son investiture à la magistrature
suprême un style de pouvoir unique en son genre dans
l’histoire moderne et ancienne du pays. Les citoyens
sont fascinés par cette présidente qui a axé son
programme électoral sur l’abolition du système
présidentialiste et l’instauration graduelle d’un
régime parlementaire.
Malgré son emploi de temps très chargé, elle a trouvé
le temps d’accorder une interview à TUNeZINE.
TUNeZINE : Depuis votre élection vous avez déclenché
une vraie révolution au pays ! Pouvez-vous nous
expliquer votre programme ?
Ahlem Ettounsi : J’applique tout simplement le
programme pour lequel j’ai été élue : transformation
graduelle du système politique pour passer du
présidentialisme au parlementarisme, autonomie accrue
des régions et élection directe des assemblées
régionales et locales, élection directe des
gouverneurs et des maires, indépendance totale de la
Justice, abolition du délit d’opinion, implication du
Parlement dans le contrôle des activités des services
de sécurité et de renseignements etc.
TZ : Vous avez refusé de vivre au Palais de Carthage.
Pourquoi ?
A.T. : Le Palais de Carthage est uniquement mon lieu de travail.
Je me trouve mieux chez moi dans ma villa de l’Ariana.
"Home, sweet home" comme disent les Anglais !
TZ : Vous n’avez pas peur des attentats ?
A.T. : Je vais vous raconter une chose. J’étais à Londres en 1988 et j’ai assisté par hasard à la sortie de la Première ministre de l’époque Margaret Thatcher de son bureau de Downing Street. J’étais tout à fait surprise de voir que la circulation automobile ne s’était arrêtée que pendant deux ou trois minutes, le temps que sa voiture blindée et celle de ses gardes s’engagent dans l’avenue principale.
Le risque d’attentat existe pour chaque chef d’Etat,
mais je ne veux pas perturber la vie des citoyens pour
assurer ma propre sécurité. Une voiture d’escorte est
largement suffisante pour assurer ma sécurité. Et s’il
m’arrive un malheur, je ne suis pas irremplaçable.
L’important c’est que les institutions de l’Etat
continuent de fonctionner indépendamment des
personnes.
TZ : Que pensez-vous du dictateur déchu ?
A.T. : Je n’ai aucune haine envers lui. Son cas est
entre les mains de la justice tunisienne. Il ne risque
pas la peine de mort, car je suis contre la peine
capitale. Le peuple s’est montré d’un civisme
remarquable : Aucun acte de vengeance envers les
proches du dictateur déchu n’a été enregistré. Les
malversations et la mauvaise gestion sont du ressort
des juges. Mais les journalistes ont aussi un rôle à
jouer : faire toute la lumière sur la gestion de
l’ancien régime.
TZ : Etes-vous fière d’être la première femme qui
accède à la magistrature suprême dans le monde arabe ?
A.T. : Je ne fais pas de différence entre hommes et
femmes. Les Tunisiens ont voté pour un programme
politique et un projet de société. Mais ce précédant
historique encouragera certainement les femmes arabes
à conquérir plus de droits. Je crois que l’égalité
totale entre l’homme et la femme est inéluctable à
long terme.
TZ : Permettez-moi de vous poser une question un peu
indiscrète : Que lisez-vous en ce moment ?
A.T. : Je suis en train de lire les mémoires de Nawal
Saadawi et "Le rêve impossible" du docteur Elmostafa
Ferzazi [1].
TZ : Vous allez solliciter un deuxième mandat ?
A.T. : Non. Je voudrais après la fin de mon mandat me
consacrer exclusivement à l’enseignement et à la recherche.
TZ : Mais en cinq ans vous n’aurez pas assez de temps
pour construire des palais à Hammamet et Sidi Bou
Saïd ?
A.T. : (Elle éclate de rire) Non certainement pas ! |