Le procès de six islamistes soupçonnés d’avoir préparé en 2001 un attentat contre l’ambassade des Etats-Unis en France s’est ouvert devant le tribunal correctionnel de Paris.
Les prévenus - cinq comparaissent détenus, un libre - sont surveillés au tribunal par une vingtaine de gendarmes.
L’avocate du chef présumé du groupe, Djamel Beghal, un Franco-Algérien de 39 ans, a annoncé au début du procès que son client réaffirmerait à l’audience son innocence.
"Il reconnaît qu’il a eu un engagement religieux mais ça n’a aucun rapport avec les faits qui lui sont imputés", a dit à la presse Me Claire Doubliez.
Les prévenus encourent jusqu’à dix ans de prison pour "association de malfaiteurs en vue de commettre un acte de terrorisme" et le procès doit se prolonger jusqu’à la mi-février.
Arrêté en juillet 2001 aux Emirats arabes unis, Djamel Beghal avait déclaré à la police locale que son groupe se préparait à commettre un attentat-suicide contre l’ambassade des Etats-Unis à Paris.
Livré à la France vingt jours après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, il a alors affirmé que ces déclarations lui avaient été arrachées sous la torture. Depuis, il clame son innocence, tout comme les cinq autres protagonistes.
Fait établi, Djamel Beghal s’est rendu dans des camps islamistes à Djalalabad (Afghanistan) en novembre 2000 où, selon ses premières déclarations, il a rencontré un adjoint d’Oussama ben Laden, Abou Zoubeïda, capturé par les Américains en mars 2002 au Pakistan.
Le projet d’attentat-suicide à Paris aurait été mis au point et approuvé par Abou Zoubeïda. Oussama ben Laden aurait fait remettre à chacun des membres du groupe un chapelet, un flacon et un bâton d’encens.
Le candidat-kamikaze aurait été Nizar Trabelsi, un ancien footballeur professionnel tunisien du club de Düsseldorf qui aurait rencontré Oussama ben Laden en personne.
Selon l’accusation, ce dernier devait s’introduire à l’ambassade des Etats-Unis à Paris en portant sur lui une ceinture d’explosifs.
Arrêté en septembre 2001 en Belgique, Nizar Trabelsi y a été condamné à dix ans de prison fin 2003.
Selon l’accusation, Djamel Beghal aurait recruté, au moins à partir de 1999, les membres de son réseau dans l’Essonne, dans les banlieues où il a vécu, enrôlant même son propre beau-frère, Johann Bonte, également renvoyé devant le tribunal.
Il aurait eu des liens avec l’imam radical de Londres Abou Qatada, considéré comme l’un des "correspondants" d’Oussama ben Laden en Europe. Djamel Beghal aurait également fondé une cellule activiste aux Pays-Bas.
En juin dernier, une cour d’appel néerlandaise a condamné quatre membres de cette cellule, dont un Français, Jérôme Courtailler, qui a été sanctionné de six ans de prison ferme.
Djamel Beghal devrait être interrogé durant l’audience sur ses liens supposés avec plusieurs figures de l’islam radical, notamment l’intellectuel islamiste suisse Tarik Ramadan, dont il aurait, selon le réquisitoire du parquet de Paris, "préparé les discours" en 1994.
Reuters - Paris 03 - 01 - 2005 |