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L’ancienne secrétaire d’État américaine Madeleine Albright et l’ancien ministre français de la Santé Bernard Kouchner, parmi d’autres, ont tenu vendredi le rôle de président de leurs pays respectifs dans une simulation visant à découvrir la réaction de gouvernements transatlantiques face à une attaque terroriste utilisant le virus de la variole. Il est 9H00, le 14 janvier. Présidents et Premiers ministres, réunis en sommet à Washington, apprennent qu’un total de 51 cas de variole sont rapportés en Allemagne, Turquie, Suède et Pays-Bas. L’attaque est bientôt revendiquée par une organisation inconnue, le "Nouveau Jihad", qui dit riposter à l’oppression des pays musulmans par l’Occident. En temps réel, les chefs d’État sont censés réagir, tandis que le bilan s’alourdit. Une heure plus tard, 240 cas sont rapportés dans six pays. En fin de matinée, on dépasse les 3.000 malades dont plusieurs centaines aux États-Unis. La bourse s’effondre, des milliers de personnes se lancent sur les routes pour fuir les villes où des cas sont rapportés. Le débat s’engage sur les mesures à prendre pour éviter la panique, une vaccination antivariolique limitée au personnel médical et d’urgence, ou une vaccination générale de la population. La Turquie, parmi les premiers pays touchés, ne dispose pas de vaccins et demande l’assistance de l’Otan. Nos chefs d’Etat d’un jour prennent les premières mesures. "Je vous en conjure, c’est une urgence médicale", clame le président français en ordonnant un début de vaccination. D’autres envisagent la fermeture des frontières, avant d’abandonner l’idée jugée inefficace et économiquement catastrophique. Ce serait, en outre, jouer le jeu des terroristes... Sur le front diplomatique et politique, le débat fait rage. L’Otan ne doit pas être impliquée dans les opérations, estiment plusieurs chefs d’État européens. En revanche, une résolution du conseil de sécurité des Nations Unies est nécessaire, s’entendent-ils à dire, même si beaucoup doutent de sa rapidité à réagir. Tous les leaders tombent d’accord sur la nécessité de confier à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) la mission de collecter les excédents de vaccins antivarioliques que voudront bien leur fournir les pays disposant de stocks suffisants pour leur propre protection. Mme Albright souligne que le rôle de premier plan donné à l’OMS "est pour les États-Unis une décision difficile, c’est un signe que nous pouvons faire confiance à une organisation internationale". L’ancienne chef de la diplomatie du président Bill Clinton fait là une référence à peine voilée à la défiance exprimée ces dernières années par l’administration du président George W. Bush envers les organisations internationales, et en premier lieu à l’égard de l’ONU lors de la crise irakienne. "Nous les Américains devons soutenir l’ONU", affirmera encore Mme Albright après la fin de l’exercice, jugé à la fois effrayant et très efficace par les participants, dont certains ont appris la faiblesse réelle du stock de vaccin antivariolique de leur pays. Si les États-Unis, l’Allemagne ou la France ont assez de doses pour vacciner l’ensemble de leur population, l’Italie notamment ne peut protéger que 10% de ses citoyens, selon les statistiques officielles. "Quand j’ai vu la liste des pays et leurs stocks respectifs, cela m’a choqué", admet Klaas de Vries, ancien ministre de l’Intérieur des Pays-Bas, tandis que Erika Mann, membre du Parlement européen, qui représentait l’Union européenne durant la simulation dit vouloir "travailler sur ces disparités" entre les pays membres. L’exercice appelé "Atlantic Storm" était organisé par l’Université de Pittsburgh et la Johns Hopkins University.
Agence France Presse Washington - 15 - 01 - 2005 |